Scolarisation des filles enceintes : Le professeur Isaac Bandombele plaide pour des structures éducatives spécialisées

Redaction
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A la suite des réactions suscitées par la décision du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté relative au maintien des filles enceintes dans les établissements scolaires, un nouvel éclairage vient enrichir le débat. Après la prise de position du professeur Paul Vitamara Masimango relayée par depechesdelatshopo.com, c’est au tour du professeur ordinaire Isaac Bandombele Sukela, docteur en pédagogie et enseignant à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’université de Kisangani et ancien DG de l’ISP Kisangani de livrer sa lecture de cette problématique sociopédagogique brûlante.

Dans une tribune transmise à la rédaction de depechesdelatshopo.com, le pédagogue chevronné ne se contente pas de condamner ou d’approuver — il propose. Et ses propositions s’enracinent dans une longue expérience académique, notamment dans ses travaux de troisième cycle et de doctorat consacrés aux stratégies d’amélioration de la scolarisation des filles à Kisangani.

L’exclusion sans accompagnement : une erreur systémique

« Trop de condamnations, mais peu de propositions », écrit le professeur Bandombele en introduction. Il reconnaît la légitimité de la volonté de protéger les valeurs éducatives, mais souligne que chasser une fille enceinte de l’école sans mesure d’accompagnement est une violation du droit à l’éducation. Il plaide donc pour une approche inclusive, ancrée dans des dispositifs éducatifs spécialisés.

Pourquoi créer des écoles pour filles enceintes ?

Le professeur identifie plusieurs motivations essentielles :

  1. L’exclusion scolaire massive des filles enceintes, souvent en classe terminale, entraîne une perte non seulement individuelle et familiale, mais aussi nationale.
  2. La stigmatisation sociale ou l’abandon volontaire par peur du rejet compromettent leur avenir éducatif et socio-économique.
  3. La création de structures spécialisées permettrait de garantir leur droit à l’éducation, de favoriser leur réinsertion sociale et de briser le cycle de la pauvreté intergénérationnelle.

Comment mettre en place ces écoles ?

L’approche du professeur Bandombele est rigoureuse et méthodique. Elle repose sur plusieurs axes :

1. Étude contextuelle préalable

Il recommande une étude locale approfondie : combien de filles enceintes abandonnent chaque année ? Quels sont leurs besoins éducatifs, sanitaires et psychologiques ?

2. Consultation communautaire

Les familles, les leaders locaux, les autorités éducatives et religieuses doivent être impliqués pour lever les résistances culturelles et sociales.

3. Définition du modèle éducatif

Faut-il opter pour des classes spéciales dans les écoles existantes ? Créer des centres autonomes ? Mettre en place des cours à distance ou à horaires flexibles ? Toutes ces options méritent réflexion.

4. Élaboration d’un curriculum adapté

Le programme devrait inclure non seulement les matières traditionnelles, mais aussi :

  • Santé maternelle et infantile
  • Alphabétisation numérique
  • Compétences de vie
  • Orientation professionnelle
  • Soutien psychosocial

5. Infrastructure et services adaptés

Le professeur suggère la mise en place de crèches, de soins de santé de base (avec sage-femme ou infirmière scolaire), et d’un environnement scolaire bienveillant et non discriminatoire.

6. Formation et encadrement du personnel

Des enseignants formés à l’accompagnement spécifique, des conseillers sociaux et des partenariats avec des ONG et structures sanitaires sont essentiels au succès du projet.

7. Mobilisation communautaire

Il est capital de sensibiliser les parents, les chefs coutumiers et les leaders religieux afin de briser les tabous et d’encourager la réintégration scolaire.

8. Mise en œuvre progressive et suivi

Le professeur préconise le lancement de projets pilotes accompagnés d’indicateurs précis : taux de retour, taux de réussite, bien-être des filles et de leurs enfants.

Des exemples inspirants en Afrique

Plusieurs pays africains ont déjà expérimenté des dispositifs similaires :

  • Kenya : Programme « Second Chance Education » pour mères adolescentes
  • Sierra Leone : Levée de l’interd