Une ligne rouge vient d’être tracée. Dans une lettre ouverte aussi solennelle qu’alarmeuse, quarante-trois voix de conscience – parmi lesquelles celle du Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix – interpellent le Président de la République Démocratique du Congo. Leur message est limpide, sans fioritures : la nation congolaise est en danger de mort lente.
De Bunagana à Bukavu, le pays se délite sous nos yeux. Les forces étrangères, en particulier rwandaises, alliées à des groupes rebelles comme le M23, étendent leur emprise, pendant que Kinshasa, souvent inaudible, tergiverse. Dix millions de Congolais vivent aujourd’hui sous l’ombre menaçante de la guerre et de la faim, tandis que les fosses communes se multiplient sur les collines du Kivu. Une tragédie que l’on ne peut plus qualifier de crise passagère, mais bien de dépossession progressive.
Ce drame national n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat combiné d’une gouvernance intérieure vacillante et d’une indifférence internationale qui ne se réveille que lorsque les enjeux miniers et géostratégiques deviennent trop importants pour être ignorés. La RDC, géant aux pieds d’argile, trône sur un sous-sol aux promesses technologiques infinies – cuivre, cobalt, lithium. Mais à qui profitent ces richesses ?
À la veille d’un sommet crucial à Washington, la lettre soulève une inquiétude légitime : l’actuelle dynamique diplomatique pourrait entériner, sous couvert de paix régionale, un marchandage silencieux de notre souveraineté. La Déclaration de principes signée le 25 avril au Département d’État américain n’est pas un texte neutre. Derrière ses belles phrases sur l’intégrité territoriale et la non-ingérence, elle dissimule un agenda économique bien plus opaque.
Les signataires rappellent des vérités constitutionnelles qu’il serait dangereux d’ignorer : la souveraineté appartient au peuple, et tout accord qui hypothèque les ressources naturelles de la Nation est un crime. Un crime qui porte un nom : la haute trahison.
Alors oui, le Congo veut la paix. Mais pas n’importe laquelle. Pas une paix de résignation, ni une paix d’extorsion. Une paix juste, bâtie sur la justice, la mémoire et la dignité. C’est pourquoi cette lettre plaide aussi pour l’inclusion de toutes les forces vives dans une véritable consultation nationale. Gouverner au nom du peuple, c’est d’abord l’écouter.
En conclusion, l’appel lancé est sans ambiguïté : Monsieur le Président, ne bradez pas les minerais du Congo, ne cédez pas à la tentation des arrangements à huis clos, n’offrez pas aux puissances étrangères ce que vous n’avez pas reçu mandat de donner.
Le Pape François, en 2023, avait lancé une supplique universelle : « Retirez vos mains de l’Afrique ». Aujourd’hui, c’est le peuple congolais lui-même qui reprend ce cri. Et vous, Monsieur le Président, qu’en ferez-vous ?
