La crise humanitaire qui frappe les populations déplacées du territoire de Kouamouth, dans la province du Maï-Ndombe, prend des proportions de plus en plus alarmantes. Face à ce drame humain largement sous-médiatisé, l’ONG Actions pour la Justice, le Développement et les Droits Humains (AJDDH) tire la sonnette d’alarme et interpelle directement la ministre d’État en charge des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale.
Dans une correspondance officielle adressée à la cheffe du portefeuille humanitaire du gouvernement, l’AJDDH dénonce la dégradation rapide des conditions de vie de dizaines de milliers de personnes ayant fui les violences meurtrières attribuées aux milices Mobondo. Selon les données humanitaires consolidées par OCHA RDC en décembre 2025, plus de 280 000 personnes ont été contraintes d’abandonner leurs villages, leurs terres agricoles et leurs moyens de subsistance.
Une partie importante de ces déplacés internes a trouvé refuge à Bandundu-ville, notamment sur des sites de fortune comme le marché Malebo, transformé en camp improvisé. Mais sur place, la survie quotidienne relève d’un véritable parcours de combattant.
Une détresse sanitaire et nutritionnelle aiguë
Les constats dressés par l’AJDDH, appuyés par des témoignages d’acteurs locaux et des enquêtes de médias nationaux crédibles, dont Actualité.cd (12 janvier 2026), font état d’une situation humanitaire extrêmement préoccupante. Les déplacés vivent sans accès régulier à l’eau potable, à une alimentation suffisante ni à des soins de santé de base.
L’absence quasi totale de latrines et d’infrastructures sanitaires expose particulièrement les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées à des risques élevés d’épidémies et de malnutrition. Une situation qui constitue, selon l’ONG, une violation manifeste de l’article 47 de la Constitution, garantissant le droit à la santé pour tous les citoyens.
Insécurité persistante et impossibilité de retour
À cette détresse s’ajoute une vulnérabilité permanente. L’activisme persistant des milices Mobondo, notamment le long de la RN17 et dans plusieurs zones du territoire de Kouamouth, empêche tout retour volontaire des populations déplacées vers leurs villages d’origine. Cette insécurité prolongée porte atteinte aux droits fondamentaux à la sécurité, à la propriété privée et à la libre circulation des personnes.
Une réponse étatique jugée insuffisante
L’AJDDH pointe également une réponse étatique largement en deçà de l’ampleur de la crise. Malgré les alertes répétées des autorités locales du Kwilu et de la société civile, l’ONG constate l’absence d’un plan national de réponse humanitaire structuré, visible et coordonné. Une carence qui contrevient, selon elle, aux obligations de l’État prévues par l’article 52 de la Constitution, relatif à la protection et à l’assistance des populations vulnérables.
Appel à une action urgente
Au nom du respect de la vie humaine consacré par l’article 16 de la Constitution, l’AJDDH exhorte la ministre d’État à agir sans délai. Parmi les mesures urgentes recommandées figurent le déploiement d’une mission interministérielle d’urgence pour la distribution de vivres et de kits sanitaires sur l’axe Bandundu-Kouamouth, ainsi qu’une meilleure coordination avec les partenaires humanitaires internationaux afin d’ériger cette crise au rang des priorités humanitaires nationales.
Alors que des milliers de familles survivent dans des conditions indignes, cette interpellation remet au centre du débat la responsabilité de l’État congolais face à l’une des crises humanitaires les plus graves et les plus silencieuses du pays. Le temps presse, et chaque jour d’inaction aggrave un peu plus la souffrance des populations déplacées.
