Maintien des filles enceintes à l’école: Des nuances importantes apportées par le professeur Sébastien Loosa Bolamba

Redaction
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Depuis l’annonce officielle du ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté autorisant le maintien à l’école des élèves enceintes, les réactions se multiplient à travers le pays. À Kisangani, la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’Université est devenue l’un des foyers de réflexion autour de cette mesure controversée.

Au cœur des discussions, la proposition de créer des écoles spécialisées pour encadrer ces jeunes filles, soutenue par les professeurs Paul Vitamara Masimango et Isaac Bandombele Sukela, suscite l’intérêt mais aussi le débat. Le professeur Sébastien Loosa Bolamba, psychologue et ancien doyen de ladite faculté, apporte une voix critique et nuancée.

Dans une analyse transmise à depechesdelatshopo.com, il interroge d’abord la perception de cette décision par les principales concernées : les filles enceintes. « La mesure est-elle perçue comme une main tendue ou comme un feu vert à la sexualité précoce et sans contrôle ? », s’interroge-t-il, pointant le risque d’une interprétation erronée.

Mais le professeur va plus loin en posant une question essentielle : que deviennent ces filles souvent rejetées par leurs familles dès la révélation de leur grossesse ? « Peut-on espérer qu’une élève poursuive normalement ses études alors qu’elle a été abandonnée par les siens, livrée à elle-même, sans appui affectif, financier ni logement ? », questionne-t-il.

Dès lors, il estime qu’aucune mesure de réintégration ne peut réussir sans impliquer les familles, y compris par des sanctions en cas d’abandon. Il suggère aussi de restreindre cette mesure aux cas d’élèves enceintes vivant déjà en couple stable, et surtout, d’exiger de l’État qu’il prenne ses responsabilités en assurant la prise en charge effective de ces élèves.

C’est dans ce contexte qu’il rejoint les partisans des écoles spécialisées. Mais pas n’importe comment. Il insiste sur un encadrement sérieux, avec des infrastructures adaptées à la condition des femmes enceintes : « Il faudra des bancs confortables, des toilettes décentes, des salles de repos, une cafétéria, un personnel médical qualifié et un encadrement principalement féminin », précise-t-il, en référence à certains modèles d’établissements dans d’autres pays.

Pour lui, la mesure ne doit pas se limiter à une déclaration de principe. « Elle nécessite une vision, un budget, une volonté d’agir sur les causes profondes des grossesses scolaires, souvent liées à la pauvreté, à l’ignorance, à l’insécurité et à l’abandon parental. »

La réflexion du professeur Loosa Bolamba sonne comme un appel à la responsabilité collective : celle de l’État, des familles, du système éducatif et de la société tout entière. Maintenir les filles enceintes à l’école, oui, mais pas à n’importe quel prix, ni dans n’importe quelles conditions.

FROK