L’est de la République Démocratique du Congo (RDC) s’enfonce dans une nouvelle spirale de violence meurtrière. Dans la province de l’Ituri, les civils paient un lourd tribut à un conflit interminable, marqué par des attaques d’une brutalité inouïe. Médecins Sans Frontières (MSF), témoin direct de cette crise humanitaire, a publié mardi un rapport accablant intitulé « Risquer sa vie pour survivre » , un cri d’alarme face à la détresse des populations locales.
Depuis le début de l’année 2025, les violences ont provoqué le déplacement de 100 000 personnes, selon les Nations Unies. Rien qu’en janvier et février, plus de 200 civils ont été tués et des dizaines d’autres blessés lors d’attaques menées par des groupes armés.
Les équipes médicales de MSF, présentes sur le terrain, rapportent des blessures d’une cruauté indescriptible : des enfants de 4 ans, des femmes enceintes lacérées à la machette ou atteintes de balles. Dans le territoire de Djugu, des familles entières ont été massacrées. Deux sœurs de 4 et 16 ans ont été sauvagement attaquées, leur mère enceinte de 8 mois grièvement blessée. Un garçon de 9 ans soigné par MSF à Bunia a survécu à une balle dans l’abdomen après avoir vu sa mère et ses frères et sœurs assassinés sous ses yeux.
« Ces dernières attaques surviennent après des décennies de violence et de conséquences dévastatrices pour les civils, y compris les femmes et les enfants », explique Alira Halidou, chef de mission de MSF en RDC. « Ce que nous voyons n’est que la partie émergée de l’iceberg. »
L’accès aux soins : un parcours du combattant
Au-delà des violences, la population est privée de soins médicaux essentiels. En Ituri, les structures de santé elles-mêmes deviennent des cibles.
- L’hôpital général de Fataki a dû fermer ses portes et évacuer ses patients mi-mars, sous la menace des groupes armés.
- Près de 50 % des centres de santé de la zone de Drodro ont été détruits ou déplacés.
- En 2024, une patiente a été tuée dans son lit lors d’une attaque contre l’hôpital général de Drodro.
Les médecins, eux aussi, risquent leur vie pour soigner. Un chirurgien de MSF témoigne : « Même quand le centre a fermé pendant deux mois, je continuais à venir faire des césariennes. C’était dangereux, mais on n’avait pas le choix. Sinon, ces femmes allaient mourir. »
Les plus vulnérables ciblés sans pitié
Femmes et enfants sont les premières victimes. Plus de la moitié des 39 victimes de violences traitées à la clinique Salama de Bunia entre janvier et mi-mars 2025 sont des femmes et des enfants.
Pire encore, les sites de déplacés ne sont plus des refuges sûrs. En septembre 2024, cinq civils ont été blessés par balles lors d’une attaque contre le site de Plaine Savo, dans la zone de santé de Fataki.
Les violences sexuelles explosent aussi. En 2023 et 2024, 84 % des survivantes de violences sexuelles soignées par MSF à Drodro ont été agressées alors qu’elles travaillaient dans les champs, ramassaient du bois ou marchaient sur les routes.
Une aide humanitaire insuffisante face à l’ampleur du désastre
Malgré les efforts du ministère de la Santé, de MSF et d’autres organisations humanitaires, les besoins sont énormes. 43 % de la population souffre désormais d’insécurité alimentaire chronique.
Les conditions de vie dans les camps de déplacés — abris de fortune, manque d’hygiène — favorisent les épidémies de maladies diarrhéiques et respiratoires, touchant principalement les enfants de moins de 5 ans.
Un appel urgent à la protection des civils
Face à cette situation catastrophique, MSF appelle tous les groupes armés, qu’ils soient étatiques ou non, à épargner les civils et à respecter les structures de santé.
« Les habitant·e·s de l’Ituri ne doivent plus être contraint·e·s de risquer leur vie pour se soigner, chercher de la nourriture ou simplement survivre, » martèle le rapport.
Pendant ce temps, sur le terrain, les survivants continuent de raconter leurs histoires. Des histoires déchirantes, qui résonnent comme autant de preuves que la communauté internationale ne peut plus détourner le regard.
