Isiro : Quand les morts ne reposent plus en paix; alerte sur le cimetière de Pwame

Redaction
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Le gouvernement provincial du Haut-Uele hausse le ton face à une dérive aussi choquante qu’illégale : l’occupation anarchique du cimetière de Pwame, situé en diagonale de la paroisse Sainte-Anne dans la ville d’Isiro. Une situation que les autorités qualifient désormais d’atteinte grave à la dignité humaine et au respect dû aux morts.

La mise en demeure est sans appel. Tous les occupants illégaux de cet espace funéraire sont sommés de quitter les lieux sans délai. L’annonce a été faite ce mercredi 22 avril 2026 par le ministre provincial de l’Aménagement du territoire, des Affaires foncières, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Jean-Louis Paypay Gindo, au terme d’une mission d’inspection menée sur le site.

Accompagné du conservateur des titres immobiliers d’Isiro, Jean-Marie Djuna Benandikumuto, et du chef de division du cadastre, l’ingénieur Georges Kambale, le ministre a parcouru ce lieu censé être dédié au repos éternel. Le constat dressé est alarmant : près de 60 % du cimetière serait déjà occupé illégalement.

« Nous avons agi sur instruction du Gouverneur de province, Jean Bakomito, suite aux nombreuses plaintes de la population. Ce que nous avons vu sur le terrain dépasse l’entendement », a déclaré le ministre, visiblement indigné.

Au cœur de cette crise, des actes jugés d’une extrême gravité : destruction de tombes, profanation de sépultures, bris de croix et implantation de constructions anarchiques. Des habitations, des églises, des commerces en chantier et même des structures sanitaires ont été érigés sur cet espace sacré, en violation flagrante des lois en vigueur.

Pour les défenseurs des droits des morts, ces pratiques constituent non seulement une infraction pénale, mais aussi une rupture profonde avec les valeurs culturelles et spirituelles qui fondent le respect des défunts dans la société congolaise. La profanation des tombes, au-delà de son caractère illégal, heurte la mémoire collective et fragilise le lien social entre les vivants et leurs ancêtres.

Dans un ton ferme, Jean-Louis Paypay Gindo a rappelé que toutes les transactions foncières opérées dans l’enceinte du cimetière sont nulles et sans effet. « Peu importe l’identité du vendeur ou de l’acquéreur, personne n’a le droit de disposer d’un espace funéraire. La loi est claire et elle sera appliquée dans toute sa rigueur », a-t-il martelé.

L’autorité provinciale a également mis en avant les risques sanitaires majeurs liés à cette cohabitation forcée entre vivants et morts. La réglementation impose une distance minimale de 100 mètres entre un cimetière et toute zone d’habitation, une exigence largement bafouée dans ce cas précis.

Au-delà des déguerpissements annoncés, le gouvernement provincial promet des poursuites judiciaires contre tous les acteurs impliqués dans la vente frauduleuse de parcelles. Une manière de s’attaquer à la racine d’un phénomène qui mêle spéculation foncière et mépris des normes légales.

À travers cette action, les autorités du Haut-Uele entendent restaurer l’ordre, mais aussi réaffirmer un principe fondamental : le respect des morts est un marqueur essentiel de civilisation et un pilier de l’État de droit. Dans un contexte où la pression foncière s’intensifie, la protection des espaces funéraires apparaît plus que jamais comme une urgence éthique, juridique et sociale.

Obama Kasoro