KISANGANI — Évaluer sans complaisance la gouvernance forestière pour mieux corriger ses failles. C’est l’objectif de l’atelier multi-acteurs sur les enjeux prioritaires de la gouvernance forestière ouvert ce mardi à Kisangani, chef-lieu de la Tshopo, par la ministre provinciale de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat, Maître Bijoux KOY TAKA.
Pendant trois jours, les représentants de l’Administration, du secteur privé, de la Société civile ainsi que les autres parties prenantes sont appelés à confronter leurs analyses afin d’établir un diagnostic participatif de la gouvernance forestière dans la province.
L’enjeu dépasse le simple cadre d’un atelier. Il s’agit, à travers des évaluations objectives et documentées, d’identifier les comportements, les pratiques et les facteurs qui entravent l’application effective du cadre juridique forestier. Les travaux doivent également déboucher sur des mesures correctives et permettre d’en suivre les effets dans le temps.
La fin de la gestion opaque ?
À l’ouverture des travaux, la ministre provinciale de l’Environnement, Maître Bijoux KOY TAKA, a clairement fixé le cap. Pour la responsable provinciale, la Tshopo, considérée comme l’un des principaux poumons forestiers de la République démocratique du Congo, ne peut plus se satisfaire d’une gestion opaque de ses ressources naturelles.
Dans cette perspective, quatre leviers sont placés au cœur de cette nouvelle approche de gouvernance.
D’abord, le zonage forestier, destiné notamment à mieux organiser l’espace et à prévenir les conflits d’usage entre conservation, exploitation forestière et activités agricoles.
Ensuite, la foresterie communautaire, appelée à renforcer les droits et le rôle des communautés locales et des peuples autochtones dans la gestion de leurs espaces forestiers.
Troisième outil : le Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP), présenté comme un mécanisme essentiel pour garantir que les populations concernées puissent être informées et donner, ou non, leur consentement avant la mise en œuvre de projets susceptibles d’affecter leurs terres et leurs ressources.
Enfin, le dialogue multi-acteurs, destiné à créer un espace permanent de concertation entre pouvoirs publics, communautés, secteur privé, Société civile et monde scientifique.
Le message est donc sans ambiguïté : la gouvernance forestière ne peut plus être pensée uniquement dans les bureaux de l’administration. Les communautés locales doivent désormais être considérées comme des acteurs à part entière des décisions qui concernent leurs forêts.
« La forêt congolaise mérite mieux que des promesses »
Dans son mot de bienvenue, Florent Kay, coordonnateur de l’ONG OCÉAN — Organisation congolaise des écologistes et amis de la nature — et point focal du RRN en Tshopo, a, pour sa part, rappelé l’immensité de la responsabilité qui incombe à la RDC.
Avec environ 126 millions d’hectares de forêts, la République démocratique du Congo détient un patrimoine forestier qui représente plus de la moitié des forêts d’Afrique. Pour Florent Kay, cette richesse ne doit pas être perçue uniquement comme un patrimoine écologique à protéger, mais également comme un potentiel de développement durable au bénéfice des populations.
Le problème, selon lui, réside moins dans l’existence du cadre juridique que dans son application effective.
Les textes existent, mais leur mise en œuvre demeure insuffisante, notamment en raison de comportements, de pratiques et de différents facteurs de blocage qui compromettent l’efficacité des mécanismes de gouvernance forestière.
Des preuves plutôt que des constats
L’objectif des travaux est donc de dépasser les déclarations de principe. Les participants sont appelés à documenter les dysfonctionnements, à identifier les lacunes et à produire des éléments permettant de comprendre pourquoi certaines dispositions légales restent insuffisamment appliquées.
À terme, l’ambition est d’aboutir à une feuille de route et un plan d’action, dont la mise en œuvre et le suivi devront notamment être assurés par les mécanismes et structures concernés, parmi lesquels la commission ad hoc, le CCPF et le CCNF.
Pour l’ONG OCÉAN, cet atelier doit surtout demeurer un « espace protégé », où chaque partie prenante peut s’exprimer librement, sans pression et sans exclusion.
Car derrière les hectares de forêt et les textes de loi se trouvent des communautés dont la vie quotidienne dépend directement des ressources naturelles.
La véritable question posée à Kisangani est donc celle-ci : comment concilier conservation des forêts, exploitation responsable et développement local sans marginaliser ceux qui vivent au cœur de ces écosystèmes ?
Durant trois jours, les participants devront tenter d’y apporter des réponses concrètes.
Une chose est déjà certaine : en Tshopo, la gouvernance forestière entend désormais passer des promesses aux actes.
« La forêt congolaise mérite mieux que des promesses », a conclu Florent Kay.
FROK
