De passage à Kisangani, en partance pour le territoire de Poko, sa circonscription électorale, le député provincial Simon Tutu Tsamemba a accordé une interview exclusive à depechesdelatshopo.com. Une sortie médiatique au ton grave, mais empreinte de responsabilité, au cours de laquelle l’élu de Poko a dressé un tableau sans complaisance du fonctionnement actuel de l’Assemblée provinciale du Bas-Uele, tout en réaffirmant son attachement au devoir de redevabilité envers ses électeurs.
Conformément aux prescrits du règlement intérieur de l’organe délibérant, l’honorable Simon Tutu Tsamemba s’apprête à séjourner dans le territoire de Poko dans le cadre des vacances parlementaires. L’objectif de cette descente parlementaire est triple : communier avec sa base, procéder à la restitution des activités parlementaires de la session ordinaire de septembre 2025, et recueillir les desiderata de la population afin de les consigner dans le rapport des vacances parlementaires qui sera présenté lors de la prochaine session ordinaire à l’Assemblée provinciale.
Mais au-delà de cette mission classique de proximité, le député provincial n’a pas caché son inquiétude face à la situation institutionnelle préoccupante que traverse l’Assemblée provinciale du Bas-Uele depuis sa démission, le 7 octobre 2025, du poste de président de cet organe.
Un intérim qui paralyse l’Assemblée provinciale
Depuis cette démission, rappelle-t-il, l’Assemblée provinciale est dirigée par le vice-président assurant l’intérim du président. Une situation transitoire qui, deux mois plus tard, perdure en violation de l’esprit et de la lettre du règlement intérieur. « En principe, une commission devait être mise en place pour organiser l’élection du nouveau président. Mais tout est bloqué par le vice-président qui assure l’intérim, avec son groupe, au point d’étouffer toute initiative allant dans ce sens », déplore-t-il.
Conséquence directe de ce statu quo : l’institution parlementaire est quasiment à l’arrêt. Selon le député, en dehors du calendrier des activités voté, moins de 5 % des matières inscrites à la session budgétaire 2025 ont été traitées. Enquêtes parlementaires, contrôles de l’action gouvernementale, auditions : rien ou presque n’a été réalisé. « Le bilan est largement négatif », tranche-t-il.
Pour l’élu de Poko, cette paralysie est lourde de conséquences. « Lorsqu’une assemblée provinciale ne s’acquitte pas de ses obligations constitutionnelles, c’est toute la province qui est abandonnée », avertit-il, parlant d’une dérive institutionnelle grave marquée par l’étouffement systématique des voix discordantes.
Le budget 2026 au cœur de la controverse
L’honorable Simon Tutu Tsamemba s’est longuement attardé sur le traitement du projet d’édit budgétaire exercice 2026, qu’il qualifie de symptomatique de l’anarchie institutionnelle actuelle. Déposé par le gouvernement provincial le 25 novembre 2025, ce projet n’a vu son vote de recevabilité intervenir que le 22 décembre, en violation flagrante de l’article 182 de la loi relative aux finances publiques.
« La loi est pourtant claire : l’Assemblée provinciale doit voter l’édit budgétaire au plus tard le 15 décembre », rappelle-t-il. Pire encore, ajoute-t-il, l’article 188 de la même loi prévoit que lorsque le budget est déposé dans le délai mais non adopté à temps par l’Assemblée, le gouverneur peut le promulguer par arrêté. « Nous avons démontré à nos collègues que nous étions dans l’illégalité », insiste-t-il.
C’est d’ailleurs pour ces raisons, mais aussi pour des considérations de fond, que le député de Poko dit avoir voté contre la recevabilité du budget 2026. En cause : l’absence de toute ligne budgétaire consacrée aux travaux de 11 kilomètres d’asphalte de voirie urbaine du chef-lieu du territoire de Poko, pourtant annoncés comme une promesse ferme du gouverneur lors de son récent séjour dans cette entité.
Entre critique institutionnelle et reconnaissance des efforts de l’exécutif
Malgré ces critiques sévères à l’égard du fonctionnement parlementaire, Simon Tutu Tsamemba se veut équilibré dans son analyse de la marche de la province. Il reconnaît certaines réalisations à l’actif du gouvernement provincial, notamment la construction de l’hôtel du gouvernement provincial sur fonds propres et l’acquisition d’une dizaine d’engins destinés à l’ouverture des routes.
Toutefois, l’élu provincial attend désormais des actes concrets sur le terrain. « Il faut voir ces engins à l’œuvre pour que la province sorte réellement de l’enclavement qui étouffe les activités socio-économiques », martèle-t-il.
L’engagement académique et le message d’espoir à Poko
Par ailleurs, l’honorable Simon Tutu Tsamemba n’a pas manqué de rappeler son engagement dans le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire. Professeur à la prestigieuse université de Kisangani et profitant de sa présence dans la ville de Buta, il dispense gratuitement des enseignements à l’ISTM Buta, à l’Université du Bas-Uele, à l’UPCN ainsi qu’à l’ISP Buta. Une contribution, dit-il, motivée par son attachement à sa province natale et par le souci de former une élite locale de qualité.
Enfin, à l’orée de la nouvelle année, le député provincial adresse un message empreint de paix, d’unité et d’espoir à la population de Poko, un territoire qu’il décrit comme porteur d’un immense avenir, notamment grâce à ses importantes potentialités minières. « Les minerais découverts à Poko ne sont pas seulement la richesse du territoire, mais de toute la province du Bas-Uele et de la République », souligne-t-il, appelant à une exploitation minière responsable et bénéfique aux populations locales, à la province et à l’État congolais.
Tous les efforts de la rédaction de dépêchesdelatshopo.com pour joindre le vice-président et président ad-interim de l’Assemblée provinciale du Bas-Uele, honorable Antoine Gambolipay afin d’obtenir sa version des faits n’ont pas abouti.
