Tshopo profonde: Bakumu Kilinga, portrait d’un secteur oublié mais vivant ( Carte postale)

Redaction
501 Views

Au cœur de la province de la Tshopo, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, se trouve le secteur de Bakumu Kilinga, une entité territoriale décentralisée nichée dans le territoire d’Ubundu. Cette zone rurale, créée en 1945 par les colons belges alors qu’elle n’était encore qu’une chefferie, est aujourd’hui une région de près de 900 km² abritant environ cinq mille habitants.

Femmes de Bakumu Kilinga 8 mars 2026

Bordé par les eaux majestueuses du fleuve Congo et enveloppé par d’immenses étendues forestières, Bakumu Kilinga se présente comme une terre où la nature impose son rythme et façonne le quotidien des populations. Au nord, il partage ses limites avec le secteur de Lubuya Bera ; au sud avec la ville de Kisangani et le secteur de Bakumu Mandombe ; à l’est avec le territoire de Bafwasende et à l’ouest avec le secteur de Bakumu d’Obiatuku.
Une vie rythmée par la terre et le fleuve
Dans cette contrée reculée, la vie s’organise autour des ressources naturelles. L’agriculture, la chasse et la pêche constituent les principales activités de subsistance. Manioc, bananes, maïs ou produits forestiers alimentent les ménages et assurent la survie quotidienne.
Selon Jean Masudi Bondekuwa, chef du secteur, ces activités traditionnelles restent la principale source de revenus pour les habitants, même si les conditions de vie demeurent difficiles.

L’éducation face à de nombreux obstacles
Sur le plan éducatif, la scolarisation primaire connaît une progression notable grâce à la gratuité de l’enseignement primaire instaurée par le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Cependant, la transition vers l’enseignement secondaire demeure problématique.
Dans plusieurs villages du secteur, le taux d’abandon scolaire reste élevé. Les mariages précoces et les grossesses chez les adolescentes figurent parmi les causes majeures de cette situation. À cela s’ajoutent le mauvais état des infrastructures scolaires et le coût élevé des frais d’études au secondaire.
À l’Institut Limengo, situé au village Uma, l’enseignant Itwanesa Osaekela Osée évoque notamment l’insuffisance et la dégradation des infrastructures scolaires comme l’une des raisons expliquant la faible fréquentation des classes du secondaire.

Une économie fragile malgré des ressources abondantes
Sur le plan économique, Bakumu Kilinga reflète la précarité qui frappe de nombreux secteurs du territoire d’Ubundu. Pourtant, la région regorge de richesses naturelles. Les populations exploitent de manière artisanale le diamant, l’or, la cassitérite, le bois et d’autres minerais.
Cette abondance attire de nombreux allochtones venus tenter leur chance dans l’exploitation minière et forestière. Au fil du temps, ces nouveaux arrivants sont devenus majoritaires dans certaines zones, au détriment des Komo, peuple autochtone de Kilinga.

Une identité culturelle vivante
Malgré les difficultés économiques, la culture demeure un pilier de l’identité locale. Lors des cérémonies publiques ou à l’accueil d’une personnalité importante au village, les habitants font résonner le Kinubi, un ensemble d’instruments traditionnels propre au peuple Komo.
Ces rythmes ancestraux, transmis de génération en génération, témoignent de la vitalité culturelle de cette communauté profondément attachée à ses traditions.

Un environnement sécuritaire fragile
Le secteur de Bakumu Kilinga n’échappe pas aux défis sécuritaires qui marquent certaines régions de la Tshopo. Historiquement, des tensions foncières et des conflits liés à l’exploitation des ressources naturelles ont opposé les populations autochtones Komo à certains groupes allochtones, notamment autour des terres agricoles, de la pêche, du bois et de l’or.
La région a également subi les conséquences indirectes de la Guerre des Six Jours à Kisangani, qui a fortement ralenti le développement économique et social.
Par ailleurs, la proximité du Parc national de la Maïko expose parfois cette zone à des incursions de groupes armés. Néanmoins, la situation reste globalement relativement calme par périodes.

Une santé encore précaire
Dans le domaine sanitaire, les défis restent considérables. La couverture sociale demeure très faible, estimée à environ 10 % des ménages. La population dépend essentiellement des centres de santé locaux et, faute de moyens, recourt souvent à l’automédication.
Le paludisme constitue la principale cause de mortalité dans la région, selon des recherches menées récemment par certains professionnels de la santé de la province de la Tshopo.

Une communauté résiliente
En résumé, Bakumu Kilinga incarne la réalité de nombreuses zones rurales de la Tshopo : une population attachée à la terre et aux ressources naturelles, vivant dans un contexte de précarité socio-économique mais faisant preuve d’une remarquable résilience.

Parmi les noms des natifs de Bakumu Kilinga, il y a l’actuel député national élu d’Ubundu, l’honorable Elie KOLONGO Dazuwezi.
Entre forêts profondes, fleuve nourricier et traditions vivaces, ce secteur du territoire d’Ubundu demeure un espace où la vie s’organise autour de l’autosuffisance et de la solidarité communautaire.

Un dossier du reporter JR Alafu Djuma.