Initialement prévue pour le 22 juillet, la Journée nationale de la liberté de la presse a été célébrée avec éclat ce samedi 26 juillet 2025 dans la ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo. Sous le thème central « Journalisme, loi et numérique : enjeux et perspectives dans la province de la Tshopo », la commémoration s’est tenue dans la salle de l’Espace culturel Ngoma, en présence de nombreuses figures du monde médiatique, universitaire et politique.
Portée par l’Union nationale de la presse du Congo, section Tshopo (UNPC-TSHOPO), sous la conduite de son président Magloire Bolunda, cette journée s’est voulue un véritable moment de réflexion, d’échange et de bilan sur l’exercice du métier de journaliste dans un contexte en perpétuelle mutation.
Quatre regards croisés pour décrypter les défis du journalisme
Parmi les moments phares, une conférence-débat riche en contenu a rassemblé quatre intervenants de marque.
Le journaliste François Okonda Momba Olongo, chef de service des informations radio à la RTNC Tshopo et assistant au département de Français-Langues africaines de l’ISP Kisangani a abordé un thème crucial : « La valorisation des langues nationales à travers les médias ». Dans un exposé critique, il a dénoncé la marginalisation persistante des langues nationales dans les médias locaux, évoquant « un tableau sombre, marqué par la négligence et le mépris » à Kisangani. Toutefois, il a salué le rôle central des médias dans la normalisation des langues, plaidant pour :
- l’élaboration d’une politique claire d’utilisation des langues nationales à travers les médias
- la formation des journalistes en langues nationales (grammaire, orthographe, terminologie professionnelle),
- la création d’émissions dédiées à la vulgarisation des langues (ex. Swahili Bora, Toyekola Lingala).
Il a exprimé le vœu que les langues nationales trouvent leur place dans l’espace médiatique boyomais.
Le professeur Jean-Pierre Lifoli, enseignant à l’Université de Kisangani et formateur des journalistes, a quant à lui abordé la thématique du « Journalisme en temps de conflit », soulignant les risques majeurs que courent les journalistes dans des contextes de guerre : assassinats, arrestations, traumatismes, blessures… Dans un monde où la désinformation peut se propager à la moindre faille, il a insisté sur l’importance cruciale de la présence du journaliste sur le terrain pour un récit fidèle des faits.
Autre axe important, celui du journalisme numérique, développé par André Kitenge, président de la commission de discipline au sein de l’UNPC-Tshopo et journaliste à la radio Okapi. Il a mis en lumière les avantages du numérique dans la pratique journalistique : instantanéité, réduction des coûts, accessibilité, et recours à l’intelligence artificielle. Mais il a également attiré l’attention sur les risques accrus de désinformation, notamment en l’absence de rigueur dans le traitement des contenus. Il a martelé que la technologie ne remplacera jamais le journaliste, rappelant la nécessité de l’analyse humaine face à l’infobésité.
Enfin, Ernest Mukuli Kasongo, secrétaire général adjoint de l’UNPC, est revenu sur la nouvelle loi sur la presse (2023). Si cette loi marque, selon lui, une avancée significative en matière de liberté d’informer, en garantissant notamment l’accès à l’information et en responsabilisant les détenteurs de médias publics, certaines faiblesses subsistent :
- l’absence de protection des médias locaux face à la concurrence étrangère,
- le maintien du délit de presse dans le code pénal,
- les obstacles bureaucratiques pour la création de nouveaux médias.
Une première marquée par l’engagement des journalistes de Kisangani
Dans son mot de bienvenue, Magloire Bolunda, président de l’UNPC-Tshopo, a salué l’auto-prise en charge des journalistes de Kisangani dans l’organisation de cet événement, une première du genre dans la province. Il a loué leur mobilisation exemplaire, signe d’un engagement croissant pour une presse libre, critique et responsable.
La cérémonie a également bénéficié du soutien des autorités locales, parmi lesquelles on a noté la présence de :
- la sénatrice Madeleine Nikomba Sabangu,
- le député provincial Bienvenu Bolonge Limote,
- le ministre provincial de la communication et médias Masimango Simosimo,
- et le bourgmestre adjoint de la commune Mangobo Jean Akaluko Towowo.
Tous ont salué le rôle fondamental que jouent les journalistes de Kisangani dans la diffusion des activités politiques et l’éveil citoyen, tout en reconnaissant les nombreuses difficultés auxquelles ils font face.
Une journée de célébration mais surtout de revendication
En définitive, cette journée n’a pas seulement été un moment de fête. Elle a surtout permis de dresser un état des lieux sans complaisance du journalisme congolais et d’envisager des pistes de réforme adaptées aux réalités locales. À Kisangani, le ton est donné : l’avenir du journalisme passera par l’adaptation aux enjeux numériques, la valorisation des langues nationales et une législation protectrice.
La Journée nationale de la liberté de la presse 2025 s’est clôturée dans la satisfaction générale, avec un engagement renouvelé des professionnels des médias à défendre leur métier avec passion, rigueur et courage.
VTL
