À l’instar des autres nations du monde, la communauté internationale a célébré ce samedi 21 février 2026 la 26ᵉ édition de la Journée internationale de la langue maternelle. Instituée par UNESCO, cette journée se veut un plaidoyer universel en faveur de la diversité linguistique et de la transmission des langues comme socle identitaire des peuples.
Dans un message parvenu à depechesdelatshopo.com, le Directeur général de l’Institut Supérieur Pédagogique de Kisangani (ISP Kisangani), linguiste africaniste et sociolinguiste, le Professeur Jacques-Riverain Lofemba Boningoli Batita, a livré une analyse dense et engagée sur les enjeux contemporains liés à la langue maternelle.
Pour le scientifique, « toute langue apprise pour la première fois par n’importe quel individu peut être considérée comme langue maternelle ». Une définition inclusive qui replace l’individu au cœur du processus d’appropriation linguistique, au-delà des considérations purement ethniques ou territoriales.
S’appuyant sur les travaux du linguiste français Jean-Louis Calvet, il rappelle que le monde compte entre 6 500 et 7 000 langues. En République démocratique du Congo, précise-t-il en se référant à l’Atlas linguistique de 2010 coordonné par Maalu Bungi et ses collaborateurs, on dénombre environ 220 langues. Autant de trésors immatériels qui participent à l’héritage culturel mondial reconnu par l’UNESCO.
Selon le Professeur Lofemba, la promotion et la sauvegarde de ces langues — qu’elles aient un statut international, officiel, co-officiel, national, véhiculaire ou vernaculaire — constituent un levier stratégique pour consolider la diversité linguistique, renforcer le dialogue interculturel et cimenter la cohésion sociale. Mieux encore, ces langues représentent un réservoir inestimable de savoirs endogènes, porteurs de visions du monde, de pratiques sociales et de connaissances locales indispensables au développement durable des sociétés africaines.
Le thème retenu cette année par l’UNESCO, « L’éducation multilingue : un pilier pour l’apprentissage intergénérationnel », trouve ainsi un écho particulier dans le contexte congolais. Pour le DG de l’ISP Kisangani, la sensibilisation des familles et des communautés à la transmission intergénérationnelle des langues nationales et vernaculaires demeure prioritaire, avant même l’apprentissage des langues étrangères.
Mais au-delà du plaidoyer moral, le linguiste plaide pour des réformes structurelles. Il estime urgente l’élaboration d’une véritable politique linguistique incitative, orientée vers la valorisation des langues congolaises. Celle-ci devrait inclure la documentation scientifique, l’équipement terminologique, l’archivage, la numérisation ainsi que la production de ressources pédagogiques adaptées aux réalités endogènes.
La formation continue des enseignants des niveaux maternel, primaire et secondaire apparaît également comme une condition sine qua non pour garantir un enseignement de qualité en langues locales.
En définitive, le Professeur Lofemba appelle le Parlement à légiférer sur les questions linguistiques et culturelles afin d’amener le Gouvernement de la République à créer un Fonds National de Promotion et de Sauvegarde des Langues Congolaises (FNPSLC). Ce mécanisme permettrait de subventionner les centres de recherche en langues ainsi que les institutions supérieures et universitaires organisant ces filières, notamment pour l’élaboration de manuels pédagogiques adaptés.
À l’heure de la mondialisation et de l’uniformisation culturelle, la Journée internationale de la langue maternelle rappelle avec acuité que chaque langue qui disparaît emporte avec elle une mémoire, une identité et une vision du monde. Pour la RDC, le défi est clair : faire de sa richesse linguistique un moteur de développement et non un vestige menacé.
FROK
