Les membres de l’Association des Étudiants Ressortissants de l’Ituri à Kisangani (ASETIK) ont organisé ce samedi au chef-lieu de la Tshopo une marche pacifique pour dénoncer la persistance des massacres qui ensanglantent leur province d’origine.
Partis du Batiment Administratif de l’université de Kisangani, les étudiants ont traversé la mairie avant de s’arrêter à la place des Martyrs, lieu choisi pour la lecture d’un mémorandum. Dans ce document poignant, adressé aux plus hautes autorités du pays, à la communauté internationale et aux ONG, les jeunes Ituriens établis à Kisangani lancent un véritable cri de détresse.

Un tableau sombre de la situation en Ituri
Le président de l’ASETIK, Jean Pithuwa Bidong, qui a donné lecture du texte, a dressé un tableau dramatique de la situation sécuritaire dans l’Ituri. Massacres à répétition, viols, villages incendiés, déplacements massifs de populations et impunité quasi institutionnalisée : autant de réalités qui, selon lui, « nourrissent le désespoir et condamnent une jeunesse entière à l’errance ou à l’intégration forcée dans des groupes armés ».
Les étudiants dénoncent « le silence complice » des autorités, aussi bien nationales que provinciales, et interpellent la communauté internationale sur ce qu’ils qualifient de « génocide lent ». Le récent massacre perpétré à Komanda, où 43 fidèles ont été tués en pleine prière par les ADF, ainsi que les tueries attribuées à la milice CODECO à Lopa, sont cités comme exemples récents d’une tragédie qui ne cesse de s’aggraver.
Des exigences fortes et claires
Dans leur mémorandum, les étudiants exigent :
La fin immédiate des massacres et le rétablissement effectif de l’autorité de l’État en Ituri ;
Un processus de paix inclusif, intégrant jeunes, femmes et leaders communautaires ;
La poursuite judiciaire des auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité ;
Un soutien accru à l’éducation, notamment des bourses pour les étudiants ituriens et la reconstruction des écoles détruites ;
La mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante, ainsi qu’un mandat plus robuste pour la MONUSCO, voire son remplacement par une force de maintien de la paix plus efficace.

Une interpellation aux autorités et à la communauté internationale
« Trop, c’est trop ! Le silence ne sera plus notre parapluie où abriter nos souffrances », a martelé Jean Pithuwa. Aux autorités nationales, les étudiants demandent de renforcer les moyens de la FARDC pour restaurer la paix. À la communauté internationale, ils rappellent que l’Ituri « n’est pas une boucherie humaine », mais une terre habitée par des hommes, des femmes et des étudiants qui aspirent à vivre dignement.
Une jeunesse déterminée à ne pas se taire
Pour l’ASETIK, cette marche pacifique ne doit pas rester un simple acte symbolique, mais le début d’une mobilisation plus large pour briser le cycle de la résignation. « Notre inaction serait une complicité avec les bourreaux », conclut le mémorandum.
Avec cette sortie publique, les étudiants ituriens de Kisangani inscrivent leur voix dans le concert des dénonciations qui montent contre l’indifférence face aux crimes qui continuent d’endeuiller l’Est de la RDC.
FROK
