Esu : « Former pour l’emploi », une ambition pragmatique, le recteur Baudouin MICHEL Théo dévoile l’avenir de l’IFA Yangambi( interview)

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Par FROK| Dépêches de la Tshopo, le 10 juin 2025

Installé dans son cabinet de travail à Kisangani, le professeur Baudouin MICHEL Théo, recteur de l’Institut Facultaire des Sciences Agronomiques de Yangambi (IFA Yangambi), a accordé ce lundi 9 juin 2025 une interview exclusive à depechesdelatshopo.com. Pendant une vingtaine de minutes d’échanges francs, le recteur a abordé plusieurs sujets d’actualité touchant au fonctionnement, aux perspectives et aux ambitions de cette institution pionnière dans la formation agronomique en République démocratique du Congo.

Vue nocturne batam IFA Yangambi à yangambi

De l’IFA Yangambi à l’Université Agronomique de Yangambi ?

Sur la question de la possible débaptisation de l’IFA Yangambi en « Université Agronomique de Yangambi », le professeur MICHEL Théo reste clair : la recommandation émane du Conseil de l’Institut, mais la décision finale revient au Ministère de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU), a-t-il expliqué.

Une présence naturelle à Yangambi

Interrogé sur l’objet de sa récente visite dans la cité de Yangambi, le professeur recteur a tenu à dissiper toute ambiguïté : « Je n’ai pas effectué une mission, je suis rentré chez moi. En tant que recteur, je suis à la fois responsable des campus de Kisangani et de Yangambi, mais ma résidence officielle reste Yangambi. »

Sur place, il a rencontré les gestionnaires de la nouvelle centrale solaire, un projet structurant financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et exécuté par ENABEL, qui a permis à la cité de retrouver l’électricité après 34 années de pénombre. « C’est une avancée majeure pour la vie académique, mais aussi pour la communauté locale », a-t-il souligné.

Mini centrale solaire de Yangambi

L’approche pragmatique : former pour l’emploi

Au cœur de sa vision rectorale, une ligne directrice : l’employabilité des diplômés. « Nous ne cherchons pas à rayonner médiatiquement, mais à former des professionnels immédiatement opérationnels », insiste le professeur MICHEL Théo. Pour cela, l’IFA Yangambi mise sur un ancrage fort dans le tissu local : proximité avec l’INERA, le CIFOR, l’ERAIFT et les forêts de la réserve de biosphère de Yangambi — autant de structures qui accueillent stagiaires et futurs chercheurs.

Des infrastructures en mutation

L’amélioration des conditions d’études et de travail reste une priorité. Grâce au projet AFD–ENABEL–GIFT, une centrale électrique moderne, gérée par les étudiants eux-mêmes dans une logique de rigueur et de responsabilité, fournit une alimentation continue. La réhabilitation des résidences professorales est en cours, soutenue à la fois par les ressources internes et les partenaires extérieurs.

L’Union européenne manifeste également son intérêt. « Ils vont envoyer un ingénieur français pour appuyer les travaux. Cela confirme l’attractivité nouvelle du site de Yangambi », s’est réjoui le recteur.

Le président TSHISEKEDI très engagé

L’un des tournants décisifs pour l’avenir de l’IFA Yangambi reste la visite du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo à Kisangani en octobre 2024. Le recteur salue un engagement présidentiel respecté. « Le président nous avait promis un appui, et il a tenu parole. Nous avons reçu un tracteur, et une ligne budgétaire de 14 millions de dollars américains a été inscrite pour la réhabilitation de l’IFA Yangambi », a-t-il révélé avec satisfaction.

Un chantier permanent

Le professeur Baudouin MICHEL Théo reconnaît toutefois que le budget annuel de l’Institut reste insuffisant pour les ambitions d’une institution qui aspire à devenir un modèle d’excellence en matière de formation agronomique. « Il faut davantage d’investissements dans l’éducation. Même avec nos avancées, l’objectif d’une employabilité à 100 % reste un idéal à poursuivre. »

Avec une vingtaine de partenaires actifs dans le paysage de Yangambi, l’IFA s’affirme désormais comme un carrefour stratégique entre formation, recherche appliquée et développement durable. Si les défis restent importants, la dynamique enclenchée laisse entrevoir des lendemains prometteurs pour l’agronomie congolaise.