Écoles surpeuplées, zones rurales oubliées; la RDC face au défi éducatif, le pédagogue congolais Paul Vitamara revient à la charge.

Redaction
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À l’occasion de la Journée nationale de l’enseignement célébrée ce 30 avril sous le thème évocateur « Investir dans l’enseignement, c’est investir dans la paix, dans la croissance et dans l’avenir », la République Démocratique du Congo s’est à nouveau penchée sur les fondements de son système éducatif, encore marqué par de nombreux défis.

Parmi les voix les plus autorisées à s’exprimer sur la question, celle du professeur Paul Vitamara Masimango, docteur en pédagogie et enseignant à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Kisangani, a particulièrement retenu l’attention. Interrogé par la presse, le pédagogue congolais a livré une analyse lucide et rigoureuse sur la portée et les enjeux de ce thème.

Pour le professeur Vitamara, investir dans le capital humain, c’est-à-dire dans l’éducation, produit des effets bénéfiques à plusieurs niveaux : économique, social, sanitaire et politique. Il y voit une passerelle vers la cohésion sociale, un outil de prévention des conflits, mais également un facteur clé d’amélioration des conditions de vie des citoyens.

L’enseignement maternel : l’oublié du système éducatif

Premier palier du parcours scolaire, l’enseignement maternel reste le parent pauvre du système éducatif congolais. « Aujourd’hui, il est encore facultatif et ne concerne que 2,7 à 3 % des enfants, essentiellement en milieu urbain », déplore le professeur Vitamara. Kinshasa concentre à lui seul 60 % des écoles maternelles du pays contre 40 % dans les grandes villes des provinces, reléguant les zones rurales à la marge. Pour ce spécialiste de l’éducation, rendre le préscolaire obligatoire et gratuit est un impératif si l’on veut poser des bases solides dès le plus jeune âge.

L’enseignement primaire : des progrès freinés par le manque d’infrastructures

Le professeur Vitamara qui est aussi directeur général honoraire de l’ISP Kisangani salue la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement primaire, initiative phare du président Félix Antoine Tshisekedi. Cette mesure a permis à près de 4 millions d’enfants de retourner à l’école, soulageant au passage des millions de familles congolaises. Toutefois, les effets pervers de cette avancée ne doivent pas être ignorés : le surpeuplement des classes, le manque criant de matériel pédagogique, et l’insuffisance d’infrastructures viennent freiner la qualité de l’enseignement. « Il faut construire plus d’écoles, équiper les salles de classe, recruter et payer décemment les enseignants, et mettre fin aux pratiques de sous-traitance éducative comme les ‘nouvelles unités’ et les ‘non payés’ », insiste-t-il.

Le secondaire, étape négligée mais stratégique

Enfin, le professeur Vitamara Masimango plaide pour une refonte ambitieuse de l’enseignement secondaire, qui doit, selon lui, devenir à son tour obligatoire et gratuit. Il appelle à une politique volontariste en matière de construction d’écoles techniques, industrielles et professionnelles afin de former une main-d’œuvre qualifiée, apte à répondre aux besoins du développement national. « Si certains pays offrent déjà un enseignement supérieur gratuit, pourquoi ne pas commencer par rendre accessible à tous notre enseignement secondaire ? » interroge-t-il.

Un appel à l’action nationale

La Journée nationale de l’enseignement 2025 aura été bien plus qu’un simple événement commémoratif. Elle a été l’occasion pour des experts comme le professeur Masimango de rappeler que sans un investissement massif, structuré et équitable dans l’éducation, la RDC compromet son avenir.

À l’heure où le pays aspire à la paix durable, à une croissance inclusive et à un développement humain digne de ce nom, l’éducation reste la pierre angulaire de toute transformation durable. Il ne tient qu’aux décideurs de traduire ce constat en actions concrètes.

VTL/ FROK