La joie provoquée par la capture et le sauvetage d’un okapi dans la chefferie de Monganzulu, dans la province du Bas-Uélé, a malheureusement laissé place à une profonde tristesse. L’annonce de sa mort, survenue à la suite de ses blessures, a plongé de nombreux habitants dans la consternation. Certains n’ont pas pu retenir leurs larmes en apprenant la disparition de cet animal emblématique de la République démocratique du Congo, auquel la population locale s’était déjà attachée.
Au-delà de l’émotion suscitée par ce drame, cette disparition soulève d’importantes questions sur la préservation de la biodiversité et les mécanismes de protection de la faune sauvage dans cette partie du pays.
Pour mieux comprendre les enjeux environnementaux, écologiques et économiques liés à cet événement, la rédaction de Dépêches de la Tshopo a recueilli l’analyse de l’ingénieur Victor NANYONZI MABONDA, diplômé d’études supérieures en sciences agronomiques de l’Université de Kisangani.
Dans une tribune intitulée : « Okapi du Bas-Uélé : sauvé d’un piège, mais pas de la mort. Un drame qui interpelle sur la protection de notre biodiversité », ce chercheur du milieu considère que la mort de cet animal constitue une perte qui dépasse largement la disparition d’un spécimen de la faune sauvage. Elle interpelle, selon lui, la responsabilité collective dans la préservation du patrimoine naturel et la valorisation de la biodiversité comme levier de développement durable.
Un patrimoine écologique fragilisé
Sur le plan environnemental, l’ingénieur Victor Nanyonzi rappelle que l’okapi est une espèce emblématique de la RDC et un symbole de la richesse biologique des forêts congolaises. À l’instar des autres espèces sauvages, il participe aux interactions écologiques qui contribuent au fonctionnement des écosystèmes forestiers.
Sa disparition représente ainsi une perte pour le patrimoine biologique national et rappelle l’importance de préserver les espèces animales ainsi que leurs habitats naturels.
Un potentiel écotouristique à valoriser
Au-delà de sa dimension écologique, l’okapi constitue également un atout touristique pour le Bas-Uélé. Son caractère exceptionnel pourrait contribuer à l’attractivité de la province à travers le développement de circuits écotouristiques, du tourisme scientifique et de la découverte des richesses naturelles.
Pour le chercheur, la protection de cette espèce et de son habitat pourrait offrir au Bas-Uélé l’occasion de se positionner comme une destination de référence pour la découverte de la biodiversité congolaise.
La biodiversité, un capital économique stratégique
L’ingénieur Victor Nanyonzi souligne également la dimension économique de la conservation de la nature. À l’échelle mondiale, la biodiversité représente désormais un capital stratégique susceptible de mobiliser des financements et des partenariats dans les domaines de la conservation, des services écosystémiques, de l’écotourisme et des investissements durables.
Dans cette perspective, protéger l’okapi et son environnement naturel pourrait ouvrir des opportunités de coopération et attirer des investissements à vocation environnementale.
À l’inverse, négliger ce patrimoine reviendrait à compromettre des possibilités de développement liées aux nouvelles orientations de l’économie verte.
Un symbole d’identité et de fierté collective
Pour le Bas-Uélé, la protection de l’okapi revêt également une dimension identitaire. Cet animal constitue un symbole de fierté nationale et une richesse naturelle qui confère une valeur particulière au patrimoine congolais.
Sa préservation représente donc, selon le chercheur, un engagement envers les générations futures. La biodiversité ne devrait pas être considérée uniquement comme une ressource naturelle, mais également comme une richesse territoriale, culturelle et patrimoniale.
Le sauvetage de la faune exige une réponse technique appropriée
Revenant sur les circonstances de ce drame, Victor Nanyonzi insiste sur la nécessité de renforcer les capacités d’intervention face aux situations impliquant des animaux sauvages en détresse.
Pour lui, extraire un animal d’un piège ne suffit pas à garantir sa survie. Une telle intervention doit être suivie d’une évaluation vétérinaire, d’une stabilisation de son état, d’une prise en charge spécialisée et d’un suivi adapté.
La mort de cet okapi, malgré son extraction du piège, devrait ainsi servir de leçon et conduire au renforcement des mécanismes d’alerte, des moyens d’intervention et de la collaboration entre les autorités, les services vétérinaires, les organismes de conservation et les communautés locales.
Un appel à une meilleure gouvernance environnementale
En définitive, l’ingénieur Victor Nanyonzi estime que la mort de cet okapi ne doit pas être reléguée au rang d’un simple fait divers. Elle devrait plutôt constituer un signal d’alerte et un point de départ pour une réflexion approfondie sur la gouvernance et la protection du patrimoine naturel du Bas-Uélé.
Son interpellation est sans équivoque : perdre un okapi, ce n’est pas seulement perdre un animal sauvage. C’est également voir disparaître une partie de son capital écologique, compromettre une opportunité écotouristique, réduire un potentiel économique et perdre un symbole de fierté collective.
La protection de la biodiversité du Bas-Uélé apparaît dès lors comme un enjeu qui engage à la fois l’environnement, l’économie, l’identité territoriale et l’avenir des générations futures.
Protéger la biodiversité du Bas-Uélé, c’est protéger son identité, son économie et son avenir.
FROK
