À l’occasion de la Journée internationale des musées célébrée le 18 mai sous le thème : « Les musées unissent un monde divisé », la ville de Kisangani a vibré au rythme d’une réflexion scientifique et culturelle de haute portée autour de la préservation du patrimoine. Organisée à l’Espace culturel américain de l’ISP Kisangani par la Carte Routière de la Tshopo (CRT) en partenariat avec l’Institut Supérieur Pédagogique de Kisangani, cette activité a réuni autorités politico-administratives, chercheurs, professeurs d’université et amoureux de la culture autour d’une même conviction : le musée demeure un instrument de mémoire, d’identité et de cohésion sociale.

La cérémonie a été présidée par la représentante du gouverneur de province, la conseillère en charge de la culture, madame Rosie EMELEMEKYA. Dans son allocution, elle a salué l’engagement de la CRT et de l’ISP Kisangani pour l’organisation de cette manifestation scientifique et culturelle qu’elle a qualifiée d’initiative intellectuelle et patriotique majeure.
Revenant sur la vision culturelle du gouvernement provincial, elle a rappelé que le programme quinquennal « Tshopo Mosala » prévoit notamment la création d’un musée provincial de la Tshopo. Une ambition qui traduit, selon elle, la volonté du gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga de doter la province d’infrastructures culturelles modernes capables de préserver, valoriser et transmettre l’héritage historique et culturel aux générations présentes et futures.
Dans une intervention qui a captivé l’assistance, madame Rosie EMELEMEKYA, également chercheuse à la Faculté des sciences de l’Université de Kisangani, a évoqué l’existence d’un arbre mystique situé dans un village à environ trente kilomètres de Kisangani sur l’axe Opala. Selon elle, malgré plusieurs tentatives menées par des chercheurs, personne n’a jusque-là réussi à photographier cet arbre, alimentant ainsi les interrogations autour des mystères culturels et naturels encore enfouis dans les profondeurs de la Tshopo.

Prenant la parole à son tour, le directeur général de l’ISP Kisangani, le professeur Jacques-Riverain LOFEMBA Boningoli Batita, a livré une réflexion profonde sur la place du musée dans la société contemporaine. Pour lui, le musée ne saurait être réduit à un simple lieu de conservation de vieux objets.
« Le musée est une école de mémoire où l’on raconte notre histoire, où l’on protège notre identité, où l’on transmet nos valeurs et où l’on préserve les témoignages de nos ancêtres pour les générations futures », a-t-il déclaré.
Le professeur a également souligné le rôle stratégique de l’ISP Kisangani dans la formation d’une jeunesse consciente de son histoire et tournée vers l’avenir. Grâce à des filières telles que français-langues africaines, anglais-cultures africaines ou encore histoire et protection du patrimoine, l’institution entend participer activement à la sauvegarde et à la promotion des valeurs culturelles congolaises.
La journée a été marquée par trois communications scientifiques animées par d’éminents conférenciers.
Intervenant sur « La conservation du patrimoine culturel en Afrique », Monsieur Élias EWENGENE BOMELESA a soutenu avec conviction que la préservation du patrimoine constitue un acte de résistance contre l’oubli et une affirmation fondamentale de la souveraineté africaine.
Sur le plan éducatif, le Chef de Travaux Gabriel KABUJI BUALU a démontré que le musée représente une véritable salle de classe vivante et un laboratoire pédagogique exceptionnel. Pour lui, un peuple qui maîtrise son histoire et connaît son patrimoine avance avec assurance et construit son avenir avec sérénité. Son exposé a également permis de découvrir les différents types d’objets conservés dans les musées et leur importance dans la transmission des savoirs.
Abordant la dimension technologique, le professeur Éric José LUNGANGA a expliqué que les innovations numériques ne viennent pas remplacer le patrimoine matériel, mais plutôt le magnifier. Grâce aux outils technologiques contemporains, a-t-il indiqué, le patrimoine culturel de Kisangani peut désormais franchir les frontières locales et rayonner à l’échelle mondiale.
Les échanges entre les conférenciers et le public ont donné lieu à un débat particulièrement enrichissant. Les participants, composés notamment d’autorités académiques, de professeurs d’université et d’instituts supérieurs, de membres du personnel scientifique et de chercheurs, ont unanimement salué l’initiative portée par le professeur Jacques-Riverain LOFEMBA Boningoli Batita ainsi que par la Carte Routière de la Tshopo.
Profitant de cette tribune, le coordonnateur de la CRT, François BOSALA, a lancé un appel au partenariat en faveur de la valorisation de la culture congolaise et africaine. Un plaidoyer qui résonne comme une invitation à unir les efforts pour faire du patrimoine culturel un levier de développement, de cohésion sociale et de rayonnement international.
À Kisangani, cette célébration de la Journée internationale des musées aura ainsi démontré que les musées ne sont pas seulement des lieux de mémoire, mais aussi des espaces vivants de dialogue, de transmission et d’unité dans un monde de plus en plus fragmenté.
FROK
