KISANGANI, 23 octobre 2026 – Face à la propagation de la maladie à virus Ebola dans la province de la Tshopo, l’Organisation congolaise des écologistes et amis de la nature (OCEAN) a officiellement lancé, ce vendredi, un projet de mobilisation communautaire inclusive consacré à la prévention de l’épidémie et au renforcement de la résilience des populations. La cérémonie s’est déroulée dans la salle Jolie Rêve, à Kisangani, sous le haut patronage du ministère provincial de la Santé et de la Division provinciale de la Santé (DPS).
Placée au cœur de cette initiative, la sensibilisation communautaire entend contribuer à une meilleure appropriation des mesures de prévention, à la lutte contre la désinformation et au renforcement de la collaboration entre les populations et les équipes de riposte.
Prenant la parole à cette occasion, le ministre provincial de la Santé, le docteur Simon BOKONGO KAWAYA, a salué l’initiative de l’ONG OCEAN, soulignant que la lutte contre Ebola ne saurait reposer uniquement sur les institutions publiques. Elle nécessite, selon lui, une mobilisation collective associant les autorités, les professionnels de santé, les organisations de la société civile, les confessions religieuses, les leaders communautaires et l’ensemble de la population.
« Informer sans effrayer, prévenir sans stigmatiser et mobiliser sans diviser » : telle est l’approche préconisée par le ministre pour renforcer l’efficacité de la communication autour de cette épidémie.
75 cas confirmés et 32 décès en Tshopo
Selon les chiffres officiels communiqués par le ministre provincial de la Santé, la Tshopo avait enregistré, au 19 octobre 2026, 75 cas confirmés de maladie à virus Ebola, dont 32 décès et 35 guérisons, tandis que de nombreux contacts demeuraient concernés par le suivi sanitaire.
Face à ce bilan, le docteur Simon BOKONGO KAWAYA a rappelé que derrière chaque cas se trouve une famille éprouvée, appelant ainsi à une riposte fondée sur la responsabilité, la solidarité et le respect de la dignité humaine.
Évoquant les précédentes épidémies enregistrées en République démocratique du Congo depuis celle de Yambuku, en 1976, en passant notamment par Kikwit, Isiro, le Nord-Kivu, l’Ituri et l’Équateur, il a souligné que l’expérience acquise par le pays a permis de renforcer progressivement les capacités de surveillance, de diagnostic, de prise en charge et de mobilisation communautaire.
Pour lui, l’expérience démontre qu’une information fiable, un signalement précoce et une prise en charge rapide constituent des leviers essentiels pour limiter la propagation de la maladie.
Le ministre a également insisté sur les principaux gestes de prévention, notamment éviter tout contact non protégé avec le sang et les liquides biologiques d’une personne infectée ainsi qu’avec les objets susceptibles d’être contaminés. Il a invité toute personne présentant des symptômes évocateurs, tels que la fièvre, une faiblesse intense, des maux de tête, des vomissements ou une diarrhée, à contacter rapidement les services de santé.
Il a, par ailleurs, appelé la population à ne pas céder aux rumeurs, au déni et à la désinformation, tout en dénonçant les comportements de stigmatisation, de résistance ou d’agressivité susceptibles de compromettre les efforts de riposte.
OCEAN mise sur la proximité et l’inclusion
Avant l’intervention du ministre, Serge BUBALA, chef de programme assurant l’intérim du coordinateur de l’ONG OCEAN, en mission, a présenté les motivations et les objectifs de ce projet.
Il a indiqué que l’épidémie de maladie à virus Ebola due au virus Bundibugyo, déclarée depuis mai 2026 selon les éléments présentés par l’organisation, s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs difficultés, notamment l’insécurité, les déplacements de populations, l’enclavement de certaines zones, la faiblesse des services de santé et la circulation de fausses informations.
D’après sa présentation, les provinces concernées comprennent l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo, le Haut-Uele et le Bas-Uele.
Dans la Tshopo, le projet prévoit des interventions à Bafwasende, Banalia, Kisangani, Lubuya Bera, Bengamisa et Yakusu, ainsi que le long des axes Kisangani-Yangambi et Kisangani-Isangi.
L’initiative entend notamment répondre aux obstacles communautaires qui entravent la riposte : méfiance envers les équipes sanitaires, faible appropriation des messages de prévention, désinformation et insuffisance des mécanismes locaux d’alerte précoce.
Au-delà des risques sanitaires, OCEAN attire également l’attention sur les conséquences possibles de l’épidémie sur les moyens de subsistance, le commerce, la sécurité alimentaire, l’éducation, l’agriculture et la cohésion sociale. Les femmes, les jeunes, les enfants, les personnes déplacées et les autres groupes vulnérables figurent parmi les catégories nécessitant une attention particulière.
Des responsabilités partagées pour une riposte efficace
L’atelier de lancement vise à établir un cadre commun de compréhension, de collaboration et de coordination entre les autorités sanitaires et administratives, les leaders communautaires, les médias, la société civile et les partenaires du projet.
Les échanges doivent permettre de présenter le document du projet, son cadre logique, son plan de travail, son calendrier, son budget et ses indicateurs, mais aussi de préciser les responsabilités des différentes parties prenantes.
L’identification des mécanismes de coordination, de remontée des alertes, de gestion des rumeurs et de communication communautaire constitue également une priorité. L’atelier prévoit par ailleurs l’intégration des besoins spécifiques des femmes, des jeunes, des personnes vivant avec handicap, des déplacés et des autres personnes vulnérables.
Pour le gouvernement provincial, la réussite de cette initiative dépendra de sa capacité à atteindre les populations dans leurs milieux de vie : quartiers, villages, marchés, écoles et lieux de culte. Le recours à un langage accessible, le respect des réalités socioculturelles et la collaboration avec les relais communautaires, les chefs locaux et les responsables religieux sont ainsi présentés comme des conditions indispensables.
Le ministre provincial de la Santé a, dans cette perspective, appelé les leaders communautaires à devenir des acteurs actifs de la sensibilisation, la société civile à poursuivre son engagement avec détermination et les professionnels de santé à maintenir leurs efforts au service de la population.
Il a également exhorté les citoyens à faire confiance aux autorités sanitaires, à signaler rapidement les situations suspectes et à respecter les mesures de prévention.
Cette action s’inscrit, selon le ministre, dans la vision du président de la République, Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, en faveur de la Couverture santé universelle, ainsi que dans le programme provincial « TSHOPO MOSALA » du gouverneur Paulin LENDONGOLIA LEBABONGA. La prévention d’Ebola est ainsi présentée comme un enjeu de gouvernance sanitaire, de protection des familles et de développement.
En clôturant son intervention, le docteur Simon BOKONGO KAWAYA a officiellement déclaré lancées les activités de l’ONG OCEAN relatives à ce projet, avec un appel à une Tshopo unie et mobilisée pour stopper la propagation de la maladie à virus Ebola.
