Dans le tumulte permanent qui secoue la province du Bas-Uele, où les forums WhatsApp censés être des espaces de dialogue deviennent trop souvent des théâtres d’affrontements, une voix s’élève avec lucidité et sagesse. Celle de José Lasida, notable respecté et acteur politique et social aguerri, qui, dans une tribune parvenue à depechesdelatshopo.com, tribune marquée par une profonde introspection, interpelle les consciences sur la nécessité d’un retour à la raison et à la réconciliation. Son cri du cœur n’est pas une complainte de plus, mais un appel franc, douloureux et éclairé à sortir du cycle infernal des divisions.
A partir de Nairobi, la capitale du Kenya où il est en mission de service, José Lasida commence par rappeler un temps où les désaccords, bien que présents, n’étaient jamais synonymes de rupture. À l’époque de l’Association pour le Developpement du Bas-uele (ADBU ) une structure associative des aïeux du Bas-Uele – les différends se limitaient à des divergences de principes. Le respect et le lien fraternel primaient, et jamais les querelles n’atteignaient le degré de « barbarie » qu’il observe aujourd’hui.
Depuis plus d’une décennie, les conflits politiques récurrents, nés principalement des compétitions électorales, ont profondément fissuré le tissu social. Et à l’origine de ces divisions, une constante : l’intérêt politique. Cette logique d’opposition permanente, souvent encouragée par les « chefs de camp », alimente un climat délétère où la loyauté se mesure à la capacité de nuire à l’autre camp.
À qui profite la division ?
C’est là une des questions les plus poignantes du témoignage. José Lasida l’illustre par un exemple vécu : durant une crise entre l’Exécutif provincial et l’Assemblée provinciale, il avoue avoir participé à des manœuvres d’investigation contre l’adversaire politique. Tout cela, explique-t-il, pour plaire au leader du camp, qui encourageait, parfois même avec admiration, ces pratiques clivantes.
Ce constat est glaçant : les véritables gagnants de ces guerres fratricides sont ceux qui les orchestrent. Les lieutenants ne sont que des pions, galvanisés par des promesses illusoires, pendant que la cohésion sociale s’effrite.
Deux pistes pour briser le cercle vicieux
Mais Lasida ne se limite pas au constat. Il propose deux pistes pour mettre fin à ces querelles :
- La prise de conscience des lieutenants, qui doivent comprendre l’inutilité et la toxicité de leur engagement dans ces luttes et convaincre leurs chefs de changer de cap.
- La sagesse des leaders, qui devraient imposer eux-mêmes une désescalade, à l’image de certaines figures politiques ayant refusé les chants à leur gloire dans les musiques populaires – un geste fort de modestie et de pacification.
Sans ces deux voies – l’auto-régulation des leaders ou la résistance des proches collaborateurs – la paix ne sera qu’un leurre hypocrite, avertit-il.
Un rappel puissant sur la brièveté du pouvoir
La conclusion de José Lasida est d’une vérité crue. Il rappelle, exemples à l’appui, que les mandats sont temporaires. Le pouvoir passe, mais les relations humaines, elles, perdurent. Et après le pouvoir, il reste quoi ? La mémoire de ce qu’on a été – bâtisseur ou diviseur.
Citant des figures politiques disparues ou tombées dans l’oubli après leur mandat, il exhorte ses compatriotes à méditer sur l’éphémérité de leur position. Il s’adresse tant aux élus qu’à leurs suiveurs, les invitant à ne pas sacrifier leur humanité sur l’autel d’un mandat, aussi prestigieux soit-il.
Vers une renaissance du Bas-Uele ?
L’appel de José Lasida est une leçon de courage moral et de responsabilité politique. Il s’inscrit dans la lignée des artisans de paix qui, refusant de jouer aux pyromanes, œuvrent en bâtisseurs de ponts. Si cet appel est entendu, si les acteurs politiques mettent de côté leurs intérêts égoïstes pour renouer avec la culture du respect et de l’écoute, alors peut-être que le Bas-Uele pourra enfin entamer sa marche vers une paix durable.
En attendant, il revient à chacun – leaders, lieutenants, citoyens – de choisir entre alimenter les braises de la division ou tendre la main pour reconstruire ensemble.
FROK
