14 mai 2025, une date qui résonne douloureusement dans la mémoire collective congolaise. Vingt-trois ans se sont écoulés depuis le massacre de centaines de civils dans les communes de la Tshopo et de Mangobo. Pourtant, aucune cloche ne sonne, aucun drapeau ne flotte en berne, aucun hommage officiel n’est rendu. Le silence des autorités fait mal. Pis encore, il interroge.
Est-ce l’oubli ou le choix de l’impunité ? La question, glaçante, est posée par Dismas Kitenge Senga, président du Groupe LOTUS et figure emblématique de la défense des droits humains en République démocratique du Congo, dans une tribune poignante parvenue à depechesdelatshopo.com.
Le 14 mai 2002, Kisangani est à feu et à sang. Sous l’égide du RCD-Goma, une rébellion soutenue par le Rwanda, plus de 300 civils sont massacrés par des soldats congolais et rwandais. À Mangobo et à la Tshopo, l’horreur s’est abattue sur des populations désarmées, sous les yeux impuissants, voire indifférents, des casques bleus de la MONUC.
Un crime de guerre. Un crime contre l’humanité. Tel fut le qualificatif sans appel donné par des organisations internationales comme la FIDH, Human Rights Watch et la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, feue Asma Jahangir. Les faits sont documentés, les preuves rassemblées, les témoignages nombreux. Des défenseurs locaux comme Dismas Kitenge, Dr Abissa, François Zoka ou encore Blaise Baise ont bravé la mort pour faire jaillir la vérité.
Et pourtant, vingt-trois ans plus tard, rien ou presque.
Un système judiciaire aux abonnés absents
Le massacre de Kisangani rentre bel et bien dans le champ de la compétence du Fonarev tant sur le plan matériel que temporel car sur le plan temporel il prend en charge tous les crimes graves commis à partir de 1993 jusqu’à ce jour. FONAREV, est l’organe censé promouvoir la justice transitionnelle, car commis avant 2002. Le président Félix Tshisekedi, est certes engagé depuis 2023 à écarter les bourreaux des institutions de la République et à honorer les victimes.
Des auteurs présumés de ces crimes siègent encore dans les hautes sphères du pouvoir. Certains foulent même impunément le sol de Kisangani, là où le sang a coulé. Pendant ce temps, les survivants, les familles endeuillées, les témoins, sont marginalisés, privés de reconnaissance, ignorés dans les processus de réparation.
Des héros oubliés
La société civile de Kisangani, elle, n’a jamais baissé les bras. C’est grâce à ses efforts acharnés que l’histoire du massacre est parvenue jusqu’aux instances internationales. C’est elle encore qui a mis au jour les vérités que d’autres voulaient enterrer. Aujourd’hui, ces défenseurs méritent reconnaissance et inclusion dans les mécanismes de paix et de justice. Mais à Kisangani, la mémoire semble être un luxe politique.
La République démocratique du Congo n’a organisé aucune commémoration. Aucune minute de silence n’a été observée dans ses institutions, ni au Parlement, ni au sein des exécutifs provincial et central. Une cérémonie sobre au pied de la paroisse de Christ-Roi ou sur le pont Tshopo, où des corps furent jetés, aurait suffi pour signifier que l’État n’a pas totalement renoncé à sa mémoire.
Une paix sans justice est une paix précaire
Dans sa tribune, Dismas Kitenge conclut avec lucidité : « Le 14 mai 2002, le 14 mai 2025 révèlent qu’une véritable paix ne peut reposer que sur la justice, et qu’une paix sans justice est une paix précaire. »
C’est un rappel amer. Car si la justice transitionnelle congolaise s’articule uniquement autour de la réparation financière – comme ce fut le cas avec les 325 millions de dollars versés par l’Ouganda – alors elle échoue à son devoir de mémoire, de vérité et de réforme.
La reconnaissance, l’inclusion, la mémoire et la justice doivent en être les piliers. Pas seulement les fonds.
Aujourd’hui, le Congo est face à un choix : celui de l’impunité ou celui de l’Histoire.
