La question de la designation d’un évêque auxiliaire pour l’archidiocèse de Bangui s’impose désormais comme un dossier sensible au sein de l’Église catholique centrafricaine. À l’origine de la controverse : la proposition de la nonciature apostolique de désigner un prélat congolais, une initiative qui suscite une vive opposition de la Conférence Épiscopale Centrafricaine.
Selon plusieurs sources ecclésiastiques concordantes dont le RJDH, le nom de Mgr Edouard Tsimba Ngoma, actuellement évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Kinshasa, a été avancé pour occuper ce poste stratégique. Ancien recteur du Grand Séminaire Saint Marc de Bimbo, ce prélat expérimenté bénéficierait du soutien de la nonciature. Mais cette proposition est loin de faire l’unanimité.

Une opposition ferme des évêques centrafricains
La CECA, organe regroupant l’ensemble des évêques du pays, s’oppose à cette désignation. En toile de fond, une revendication claire : privilégier un prêtre centrafricain pour répondre aux besoins pastoraux croissants de l’archidiocèse de Bangui.
« Les ressources humaines existent au sein de notre Église », confie un prêtre de Bangui. « Il est difficilement acceptable que l’on impose un choix extérieur alors que des prêtres locaux sont disponibles et compétents. »
Cette position semble largement partagée au sein du presbyterium et de la communauté chrétienne. Certaines voix issues des organisations de laïcs dénoncent une décision perçue comme imposée, appelant à une plus grande prise en compte des réalités locales.
Une médiation du Saint-Siège
Face à cette situation de blocage, le Saint-Siège a dépêché une mission à Bangui fin février 2026. Conduite par Cardinal Sarha, cette mission visait à écouter les différentes parties et à évaluer les fondements de leurs positions respectives.
« Toutes les sensibilités ont été entendues. Le dossier est désormais entre les mains du Saint-Siège », indique une source proche du diocèse. Cette médiation témoigne de l’importance accordée à cette crise, qui dépasse le simple cadre administratif pour toucher à l’identité même de l’Église locale.
Un débat enraciné dans l’histoire récente
La controverse actuelle s’inscrit dans un contexte historique particulier. L’Église catholique centrafricaine, structurée autour de neuf diocèses, reste marquée par les bouleversements survenus entre 2008 et 2010, notamment après le rapport d’enquête conduit par Mgr Sara. Cette période avait entraîné le départ de plusieurs évêques et prêtres, modifiant durablement l’équilibre du clergé.
L’église catholique centrafricaine est composée de neuf diocèses dont cinq dirigés par des évêques étrangers (55,55%), trois par des évêques centrafricains issus des congrégations religieuses (33,33%) et un par un évêque issu d’un diocèse du pays (11,11%).
Cette situation alimente les frustrations et renforce les revendications en faveur d’une « centrafricanisation » accrue de la hiérarchie ecclésiastique locale.
Une polémique amplifiée sur les réseaux sociaux
Le débat a rapidement débordé le cadre strictement religieux pour s’inviter sur les réseaux sociaux en République centrafricaine. Les réactions y sont vives et parfois tranchées.
Certains fidèles rappellent le caractère universel de l’Église catholique, estimant que la nationalité ne devrait pas constituer un critère déterminant. D’autres, en revanche, rejettent catégoriquement toute nomination étrangère, plaidant pour une valorisation du clergé local.
Des voix plus nuancées soulignent enfin que la nomination des évêques relève exclusivement de l’autorité du pape, rappelant les principes fondamentaux de gouvernance de l’Église.

Une décision attendue
Dans ce climat de tensions, la décision finale du Saint-Siège est désormais très attendue. Elle devra non seulement trancher une question de nomination, mais aussi apaiser des sensibilités profondes au sein de l’Église centrafricaine.
Qui est Mgr Edouard Tsimba Ngoma ?
Né à Boma (Kongo Central) le 11 avril 1957, Monseigneur Edouard Tsimba Ngoma est membre de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (CICM – Pères de Scheut) depuis le 8 septembre 1978, date de sa première profession religieuse. En 1982 il a été envoyé comme missionnaire en Haïti, et y a été ordonné prêtre le 13 août 1989. Il y a servi dans la pastorale et dans la formation initiale jusqu’en 1999, quand il a été élu Conseiller général de sa Congrégation, avec pour siège à Rome.
A la fin d’un mandat de six ans comme Conseiller général, le Père Edouard Tsimba a été élu Supérieur général, devenant ainsi le premier non Européen à assumer cette fonction au sein de cette Congrégation de droit pontifical, et d’origine Belge. En tant que Supérieur général de Scheut, siégeant à Rome, Mgr Edouard Tsimba a été président de l’Association des Supérieurs Généraux des Congrégations Missionnaires (SEDOS), de 2006 à 2009. Ayant siégé à la deuxième Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour l’Afrique en 2009, il est un Père synodal.
Après son mandat comme supérieur général (2005-2011), Mgr Edouard Tsimba a reçu une nomination spéciale du Vatican comme Recteur du Grand Séminaire interdiocésain Saint Marc à Bangui ; tâche qu’il assumera jusqu’en 2020. Et, depuis 2021 jusqu’à sa nomination comme évêque auxiliaire de Kinshasa, Mgr Edouard était missionnaire en Belgique. Il était vicaire épiscopal adjoint pour la vie consacrée dans le diocèse de Liège.
FROK
