Au cœur de la majestueuse forêt équatoriale congolaise, un événement d’envergure s’est déroulé ce jeudi. Une délégation conjointe de l’Union européenne et de la Fondation Virunga a atterri à bord de deux petits porteurs sur la piste de l’Institut National pour l’Étude et la Recherche Agronomiques (INERA) de Yangambi. Cette visite, aussi symbolique que stratégique, s’inscrit dans la phase préparatoire de l’initiative ambitieuse du Couloir Vert Kivu–Kinshasa.

Fruit d’un engagement fort de la République Démocratique du Congo (RDC) pour la préservation de son patrimoine naturel et le développement durable, le Couloir Vert est une initiative sans précédent. S’étendant sur 544 270 km², il constitue la plus vaste réserve forestière tropicale protégée au monde. Ce gigantesque corridor écologique inclut 285 000 km² de forêt primaire et 60 000 km² de tourbières vierges, véritables puits de carbone essentiels pour la stabilité climatique mondiale.
Yangambi, cœur battant d’une vision verte
Situé dans la province de la Tshopo, au nord-est de la RDC, le Paysage de Yangambi occupe une position centrale dans ce couloir. Le centre de recherche de l’INERA/Yangambi — héritier de l’ancienne INEAC fondée en 1933 — s’impose comme un pôle d’excellence scientifique, catalyseur de la transition vers un modèle de développement harmonisant progrès économique et conservation des écosystèmes.

Dans un communiqué parvenu à depechesdelatshopo.com, le professeur Dieumerci Assumani Angbonda, directeur du centre, souligne l’importance de cette visite de haut niveau : « Elle marque le lancement opérationnel d’un projet structurant pour notre pays, qui allie protection de la biodiversité, développement de l’agriculture durable et création d’emplois verts. »
Un pont écologique et social entre l’Est et l’Ouest
Le Couloir Vert Kivu–Kinshasa est bien plus qu’un projet de conservation. Il vise à renforcer la cohésion territoriale en reliant les provinces de l’Est à celles de l’Ouest, tout en longeant le mythique fleuve Congo. Dans cette optique, le projet ambitionne de générer près de 500 000 emplois grâce à des activités agricoles durables, à la promotion de la foresterie communautaire et à des actions de développement socio-économique au bénéfice des populations locales.

La mission des experts européens et de la Fondation Virunga a consisté à évaluer le niveau d’adhésion des institutions scientifiques, des autorités locales et des communautés riveraines. Des visites de sites pilotes ont permis de cerner les opportunités concrètes et les défis à relever pour une mise en œuvre inclusive et efficace.
Des alliances scientifiques au service du développement durable
L’INERA/Yangambi n’avance pas seul. Entouré de partenaires de renom tels que le CIFOR-ICRAF, l’Université de Gand, le Jardin Botanique de Meise, le Musée Royal de l’Afrique Centrale, l’Université de Kisangani (UNIKIS), l’IFA-Yangambi, l’ISEA Bengamisa ou encore l’ERAIFT, le centre s’engage dans une synergie scientifique et institutionnelle inédite.
Par décret présidentiel n°25/01 du 15 janvier 2025, le Chef de l’État Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a officiellement créé l’Aire Protégée à vocation communautaire du Couloir Vert. Ce geste politique fort témoigne d’une volonté claire de positionner la RDC comme leader de la transition écologique en Afrique.

Vers un avenir résolument vert
Alors que le monde entier cherche des solutions durables à la crise climatique, le Couloir Vert apparaît comme un modèle reproductible, ancré dans une vision holistique de la conservation et du développement. Yangambi, grâce à son savoir-faire scientifique, ses écosystèmes uniques et l’engagement de ses partenaires, pourrait bien devenir le laboratoire vivant d’un avenir écologique pour la RDC et au-delà.
Cette visite n’est que le début d’un long chemin. Mais en posant ce premier jalon, l’Union européenne, la Fondation Virunga et l’INERA ont envoyé un message clair : un autre modèle de développement est possible — enraciné dans la nature, porté par la science, et au service des peuples.
FROK
