Kisangani, 29 mai 2026 – L’ONG Actions pour la Promotion et la Protection des Peuples et Espèces Menacés en RDC (APEM-RDC), antenne de la Tshopo, a organisé vendredi à son siège de Kisangani une séance d’information consacrée à la présentation d’une note de contribution élaborée par des organisations de la société civile en vue de renforcer l’intégration des droits des peuples autochtones pygmées dans les réformes sectorielles en cours en République démocratique du Congo.

Cette rencontre a réuni plusieurs acteurs de la société civile, des représentants des communautés locales ainsi que des partenaires engagés dans la promotion des droits humains et la gestion durable des ressources naturelles. Parmi les participants figurait également Bernard Adebu Abdallah, chef des programmes de l’APEM-RDC, venu spécialement de Kinshasa.
Prenant la parole au cours de ces assises, Maître Didier Omeonga, chef d’antenne de l’APEM Tshopo, a rappelé que le gouvernement congolais a engagé d’importantes réformes dans les secteurs du foncier, des forêts, de l’aménagement du territoire, de la conservation de la nature et de la biodiversité. Selon lui, ces transformations interviennent dans un contexte marqué à la fois par les engagements climatiques internationaux de la RDC et par l’augmentation des investissements dans les ressources naturelles, notamment les minerais stratégiques liés à la transition énergétique.
« Ces réformes constituent une opportunité historique pour les peuples autochtones pygmées, mais elles comportent également des risques si leurs droits ne sont pas suffisamment pris en compte », a-t-il expliqué.
La RDC dispose en effet d’un patrimoine naturel exceptionnel comprenant entre 155 et 170 millions d’hectares de forêts, soit près de 10 % des forêts tropicales mondiales, plus de 47 % des forêts africaines et environ 62 % des forêts du bassin du Congo. Ces écosystèmes sont étroitement liés à la présence des peuples autochtones pygmées, estimés à quelque 700 000 personnes à travers le pays et considérés comme les gardiens historiques de ces espaces forestiers.
Les participants ont souligné que l’adoption de la loi n°22/030 du 15 juillet 2022 portant protection et promotion des droits des peuples autochtones pygmées représente une avancée majeure dans la reconnaissance de leurs droits. Ce texte consacre notamment le Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP), le droit à la terre et aux ressources naturelles ainsi que la participation effective des communautés concernées aux processus décisionnels.
La note de contribution présentée à Kisangani est le résultat d’un atelier de dialogue multipartite organisé à Kinshasa les 9 et 10 avril 2026 par l’APEM-RDC, en collaboration avec le ministère de l’Intérieur, de la Décentralisation et des Affaires coutumières. Les recommandations formulées à cette occasion visent à garantir une meilleure cohérence entre les réformes sectorielles et les dispositions de la loi sur les peuples autochtones pygmées.
Parmi les priorités identifiées figurent l’accélération de l’adoption des décrets d’application de la loi de 2022, la mise en place des structures institutionnelles prévues pour son exécution, l’harmonisation des textes sectoriels avec cette législation, ainsi que l’intégration des droits coutumiers dans les politiques foncières, forestières et de conservation. Les organisations signataires recommandent également un partage équitable des bénéfices issus de l’exploitation des ressources naturelles au profit des peuples autochtones pygmées et des communautés locales.
Au-delà de cette note de plaidoyer, l’APEM a également présenté une boîte à images consacrée aux droits des communautés locales et des peuples autochtones pygmées, à la gouvernance communautaire ainsi qu’aux pratiques traditionnelles de gestion durable des ressources naturelles.
Selon les responsables de l’organisation, cet outil pédagogique a déjà été utilisé dans le secteur de Bomili, en territoire de Bafwasende, pour sensibiliser les populations locales sur leurs droits, sur les mécanismes de gouvernance communautaire et sur les enjeux liés à l’exploitation minière dans leurs milieux de vie.
À travers cette initiative, l’APEM entend contribuer à une participation accrue des communautés autochtones et locales dans les processus de réforme et de gestion des ressources naturelles, afin que le développement économique du pays s’accompagne d’une protection effective des droits humains et de la préservation des écosystèmes dont dépendent des milliers de familles congolaises.
FROK
