Obsèques de Maman Mukala : entre émotion et solidarité, le chercheur Tshimanga Lukusa en fait une leçon de vie sur le devoir filial

Redaction
74 Views

De la mobilisation du monde artistique et politique à l’image émouvante de deux frères issus de mondes différents, mais réunis autour du cercueil de leur mère, les obsèques de Maman Albertine Mukala Kikanga ont été marquées par une forte émotion et un message profond sur le devoir filial.

La République démocratique du Congo a rendu, dimanche 1er novembre 2026, un dernier hommage à Maman Albertine Mukala Kikanga (1943-2026), mère biologique de deux figures bien connues de la scène musicale congolaise, Werrason et Frère Patrice Ngoy Musoko. Décédée le 22 octobre dernier à l’Hôpital HJ de Limete, elle a été inhumée au cimetière Entre Ciel et Terre, à Kinshasa.

À travers une tribune intitulée « Kinshasa a enterré Maman Mukala : un deuil qui devient une leçon de vie », parvenue à la rédaction de Depechesdelatshopo.com, Tshimanga Lukusa, chercheur à l’Université pédagogique nationale (UPN) et au Centre de recherche en sciences humaines (CRESH), spécialiste en sciences politiques et administratives et doctorant en sciences politiques, livre une lecture à la fois culturelle, sociale et morale de ces obsèques.

Selon l’auteur de cette réflexion, Maman Mukala a bénéficié d’un hommage à la hauteur de son parcours familial et de la place qu’elle occupait dans la vie de ses enfants. Le programme des obsèques a notamment été marqué par le deuil organisé à Bandalungwa, le recueillement à Via Nova, dans la commune de la Gombe, la grande veillée mortuaire du 31 octobre à l’espace Ave Maria, avant la levée du corps intervenue le lendemain à la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire.

La mobilisation était particulièrement remarquable. Artistes, responsables religieux, acteurs politiques, journalistes et anonymes se sont joints à la famille pour accompagner la défunte à sa dernière demeure. Pour Tshimanga Lukusa, cette présence témoigne de l’attachement des Congolais aux valeurs de solidarité et de fraternité dans les moments de deuil.

Deux fils, deux univers, une seule mère

L’une des images les plus marquantes de ces obsèques reste celle de Werrason et de Frère Patrice Ngoy Musoko réunis autour de leur mère.

D’un côté, Werrason, figure emblématique de la rumba et du ndombolo congolais, surnommé le Roi de la Forêt. De l’autre, Frère Patrice Ngoy Musoko, pasteur et chantre du gospel. Deux hommes évoluant dans des univers artistiques et spirituels différents, avec des publics et des trajectoires distincts, mais unis par un même lien de sang et une même douleur.

Devant le cercueil de leur mère, les différences de parcours et de convictions se sont effacées. Il ne restait que deux fils éprouvés par la disparition de celle qui leur a donné la vie. Ils ont partagé les chants, les larmes et les derniers gestes d’accompagnement de leur mère.

Pour Tshimanga Lukusa, cette image symbolise la force du lien maternel, capable de transcender les différences musicales, religieuses et sociales. La rumba et le gospel se sont ainsi retrouvés autour d’une même mémoire : celle de Maman Mukala.

Un deuil qui rappelle le devoir d’honorer ses parents de leur vivant

Au-delà de l’émotion et de la mobilisation populaire, cette disparition constitue, selon le chercheur, une véritable interpellation sur les responsabilités des enfants envers leurs parents.

Il déplore une tendance observée dans certaines familles où des parents vieillissants ou frappés par la maladie se retrouvent progressivement abandonnés par leurs propres enfants, particulièrement lorsque leur capacité à apporter un soutien matériel ou financier diminue.

À l’inverse, il estime que l’exemple donné par Werrason et Frère Patrice rappelle l’importance d’accompagner ses parents pendant leur existence, de leur témoigner de l’affection, de prendre soin d’eux et de leur assurer une vieillesse digne.

L’enjeu, insiste-t-il, n’est pas seulement d’organiser des funérailles grandioses après leur disparition, mais surtout de manifester son amour au quotidien, par des visites, une assistance matérielle, des soins et du respect.

Cette réflexion trouve son fondement dans le commandement biblique : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent. »

Pour l’auteur, les obsèques de Maman Mukala rappellent ainsi que la véritable reconnaissance envers les parents ne se mesure pas uniquement à la qualité du cercueil, à l’ampleur de la veillée mortuaire ou au nombre de personnalités présentes, mais également à l’amour et à l’attention manifestés de leur vivant.

Les absences remarquées, entre interrogations et prudence

La tribune aborde également la question des personnalités dont l’absence a été remarquée au cours de ces obsèques. Parmi les noms évoqués par certains internautes et témoins figure notamment celui de Sylvie Mampata.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs commentaires ont alimenté les discussions autour de ces absences, certains internautes considérant que les moments de deuil constituent des occasions privilégiées pour mesurer la sincérité des relations humaines.

Toutefois, Tshimanga Lukusa appelle à la prudence dans l’appréciation de ces situations. Il reconnaît que des contraintes personnelles, des problèmes de santé, des déplacements ou des différends familiaux peuvent expliquer l’absence de certaines personnes.

Il souligne néanmoins que, dans les traditions congolaises, la présence physique auprès d’une famille éprouvée revêt une importance particulière. Même brève, elle constitue un témoignage de solidarité et de compassion.

Une solidarité qui transcende les rivalités artistiques

Si certaines absences ont suscité des interrogations, la présence de plusieurs personnalités du monde artistique, religieux et politique a également marqué ces funérailles.

Parmi les personnalités citées figurent notamment Koffi Olomidé, venu apporter son soutien aux deux frères, le pasteur Moïse Mbiye, qui a prié avec la famille, ainsi que Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias, présent à Bandalungwa.

Ferré Gola, Fally Ipupa et plusieurs autres artistes issus des univers de la musique congolaise et du gospel ont également manifesté leur solidarité.

Pour l’auteur de la tribune, cette mobilisation illustre une dimension importante de la culture congolaise : face à la mort, les rivalités musicales, les divergences de leadership et les appartenances artistiques peuvent céder la place à la fraternité et à la compassion.

Une mère s’en va, une leçon demeure

Inhumée au cimetière Entre Ciel et Terre, Maman Albertine Mukala Kikanga laisse derrière elle le souvenir d’une mère dont les enfants ont voulu honorer la mémoire jusqu’à son dernier voyage.

Pour Tshimanga Lukusa, le véritable enseignement de ces obsèques dépasse le cadre de la famille Musoko et concerne l’ensemble de la société congolaise : un enfant bien éduqué est aussi celui qui sait reconnaître les sacrifices de ses parents et leur témoigner de la gratitude.

Son message est sans équivoque : ne pas attendre la mort de ses parents pour leur exprimer son amour. Les appeler, leur rendre visite, les assister, les soigner et les respecter tant qu’ils sont encore en vie.

« Demain, c’est le cimetière », rappelle en substance cette interpellation, qui invite chacun à réfléchir à la qualité de ses relations avec ses parents.

Ainsi, au-delà de la disparition d’une mère de famille et de la mobilisation autour de deux figures de la musique congolaise, les obsèques de Maman Mukala auront aussi été l’occasion d’une réflexion sur les valeurs familiales, la solidarité et le devoir de reconnaissance.

Paix à l’âme de Maman Albertine Mukala Kikanga.