Isiro en suspens : Ville morte ou manipulation ? La société civile divisée face à l’appel à la résistance

Redaction
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Isiro, 6 juillet 2025 – À la veille d’une double journée de paralysie annoncée, la ville d’Isiro est au cœur d’un tumulte démocratique où les mots pèsent presque autant que les actes. Trois structures  de la société civile — la Synergie de la Société Civile du Congo (SCSC), la Société Civile du Peuple Congolais et la Société Civile Révolutionnaire d’Isiro — appellent à l’observation d’une « ville morte » les lundi 7 et mardi 8 juillet, afin de dénoncer ce qu’elles qualifient d’« injustices persistantes envers la population locale ».

Derrière ce mot d’ordre : Clovis Mihidie Zwanis, Kokolo Modipima François et Emmanuel Tiomouto, figures de proue d’un ras-le-bol généralisé contre une gouvernance provinciale jugée méprisante et déconnectée des réalités populaires.

« Il n’y a personne qui viendra nous sauver du ciel », a lancé Clovis Mihidie avec un ton tranchant. « C’est à nous-mêmes de barrer la route aux menteurs qui ont déjà récupéré leurs parts sans penser aux victimes contribuables. »

Une contestation sociale aux racines profondes

Loin d’un simple acte de protestation, les griefs mis en avant pointent des promesses non tenues, des injustices fiscales, une marginalisation des petits commerçants et une absence criante de dialogue citoyen. « Les commerçants sont les premières victimes sur tous les plans », a dénoncé Kokolo Modipima, appelant ces derniers à s’unir non plus autour des discours officiels, mais aux côtés de ceux qui portent « l’intérêt général ».

De son côté, Emmanuel Tiomouto a préféré un ton mobilisateur : « Dressons nos fronts, défendons notre unique ville d’Anoalite Isiro. La main dans la main, nous gagnerons. »

Mais cette dynamique, présentée comme pacifique, se heurte déjà à une voix discordante et inattendue parmi tant d’autres

La Jeunesse Émergente refuse d’embarquer sans garanties

Dans une déclaration publique transmise ce dimanche, Loboko Lofemba Patrick, Coordonnateur Général de la Jeunesse Émergente de la RDC, a pris position contre ce mot d’ordre qu’il juge flou, risqué et potentiellement manipulé à des fins politiques.

« Quels sont les vrais motifs de cette action ? Quelle sécurité est prévue pour protéger les jeunes dans la rue ? Est-ce réellement pour le bien du peuple ou pour d’autres intérêts cachés ? », s’interroge-t-il, en posant trois questions clés aux leaders de la mobilisation.

La critique est frontale. M. Loboko accuse certains meneurs de se cacher une fois les troubles enclenchés, laissant les jeunes seuls face à la répression. « Ce sont eux qui se font arrêter, molester, intimider… pendant que les initiateurs se dérobent », dénonce-t-il, appelant la jeunesse à la vigilance et au refus d’instrumentalisation.

Une fracture dans les rangs citoyens

Cette sortie ferme met en lumière une fracture grandissante au sein de la société civile d’Isiro. Alors que les uns réclament un sursaut populaire contre l’injustice, d’autres craignent une exploitation de la misère sociale à des fins personnelles ou partisanes.

Le refus catégorique de la Jeunesse Émergente de soutenir l’appel, sans explications claires ni garanties sécuritaires, témoigne d’un réveil critique chez les jeunes, souvent considérés comme simples relais d’exécutions de consignes.

« Tant que vous ne nous donnez pas des explications claires et des garanties sérieuses, la Jeunesse Émergente de la RDC ne soutient pas votre appel à la ville morte », a-t-il martelé.

Un lundi aux allures de test démocratique

À quelques heures du déclenchement de la mobilisation, Isiro retient son souffle. L’absence de réponse des autorités provinciales, jusqu’ici silencieuses, renforce le suspense. Réagiront-elles sous la pression de la rue ? Ou préféreront-elles laisser passer la tempête sans s’impliquer ?

En toile de fond, une question essentielle : à qui revient la légitimité de porter la voix du peuple ? La société civile ? La jeunesse organisée ? Ou une alliance encore à construire entre toutes ces forces qui aspirent à un avenir plus juste pour Isiro ?

La réponse viendra peut-être dès demain, dans le silence volontaire des rues… ou dans l’écho des divisions désormais affichées.

Armathe MANZEKE