En séjour à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a accordé, le vendredi 7 novembre 2025, une audience à une délégation du Conseil de l’Ordre du Barreau de la Tshopo. Cette rencontre, placée sous le signe du dialogue constructif, a permis aux avocats de faire entendre leur voix sur deux questions majeures : le fonctionnement de la justice dans le ressort de l’ex-Province Orientale et la gestion du Fonds de Réparation et d’Indemnisation des Victimes des Atrocités et d’Oppression (FRIVAO), indique un avocat qui a pris part à l’audience.

Une justice malade : le diagnostic sans complaisance du Barreau
Sans détours, les avocats du Barreau de la Tshopo ont dressé un tableau sombre de l’appareil judiciaire dans leur ressort. « La justice est bel et bien malade », ont-ils affirmé, reprenant ainsi les mots du Chef de l’État qui, lui aussi, n’a cessé d’en dénoncer les failles.
Leur diagnostic met en lumière une série de maux qui gangrènent le système :
- Carence des juges dans certaines juridictions, alourdissant le traitement des dossiers ;
- Laxisme disciplinaire à la Chambre provinciale du Conseil supérieur de la magistrature ;
- Corruption endémique, présente à tous les niveaux de la chaîne judiciaire ;
- Hausse excessive des frais de consignation, passés de 10 à 50 dollars, excluant de fait de nombreux justiciables du droit d’accès à la justice ;
- Ficelage des dossiers par des professionnels peu scrupuleux, notamment dans les affaires foncières et immobilières ;
- Retards injustifiés dans le prononcé des jugements, parfois jusqu’à six mois, entraînant des détentions prolongées ;
- Déficit criant d’infrastructures judiciaires adaptées ;
- Et interférences récurrentes dans l’exécution des décisions de justice.
Face à cette réalité préoccupante, le Conseil de l’Ordre a exprimé sa volonté d’agir, notamment à travers la mise en place d’une Commission de lutte contre la corruption et les antivaleurs, conformément à la circulaire du Bâtonnier national, précise notre source.
Frivao : plaidoyer pour une gestion transparente
Le second point des échanges a porté sur la gestion du FRIVAO, structure publique chargée d’indemniser les victimes des conflits armés. Le Barreau de la Tshopo a rappelé au Ministre que cet établissement doit être géré par des représentants de la société civile, et non par des acteurs politiques, conformément au décret fondateur.
Les avocats ont dénoncé des irrégularités graves dans le processus d’indemnisation : corruption, clientélisme, favoritisme et rétrocommissions. Selon eux, ces pratiques ont gravement terni la crédibilité de ce mécanisme pourtant crucial pour la réconciliation nationale.
Ils ont exhorté le Ministre Ngefa à revoir la composition et le fonctionnement du comité de gestion du FRIVAO, afin de garantir une administration impartiale et efficiente.
Le Ministre Ngefa promet des actions concrètes
Réceptif aux préoccupations exprimées, le Ministre Guillaume Ngefa a salué la franchise du Barreau et promis de s’impliquer personnellement pour redonner confiance aux justiciables. Il a rappelé que la lutte contre la corruption constitue désormais le cheval de bataille de son ministère, avertissant que l’Ouganda pourrait suspendre le versement de la troisième tranche des fonds destinés à l’indemnisation des victimes si la transparence n’est pas garantie.
Encourageant la démarche des avocats, le Garde des Sceaux les a invités à montrer l’exemple dans la lutte contre les antivaleurs, soulignant que « les réformes de la justice ne sauraient réussir sans l’engagement des hommes et des femmes de loi eux-mêmes ».
Une rencontre empreinte de cordialité et d’espoir
Dans une atmosphère à la fois conviviale et solennelle, la délégation du Barreau de la Tshopo a adressé ses vœux de succès et de fructueux mandat au Ministre d’État. Ce dernier a, pour sa part, promis de maintenir un dialogue constant avec les avocats et de revenir sur plusieurs points soulevés dès son retour à Kinshasa.
La rencontre s’est clôturée sur une note d’optimisme et de responsabilité partagée : celle de redonner à la justice congolaise sa noblesse et sa crédibilité.
