Kisangani : Source Stanley interdite, Où puiser quand les robinets sont à sec ?

Redaction
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Dans un communiqué officiel  du 2 juin 2025 consulté par depechesdelatshopo.com, le maire de la ville, Delly Likunde, a formellement interdit aux habitants de puiser de l’eau à la source Stanley, située en plein cœur de la commune de Makiso. Motif : le risque élevé de propagation de maladies dû à l’état d’insalubrité avancé du site. Pourtant, cette source n’est pas n’importe quel point d’eau : elle est à la fois une ressource vitale pour la population et un symbole historique à forte valeur patrimoniale.

La mesure du maire, bien que guidée par des considérations sanitaires, suscite de vives réactions dans la ville. Pour de nombreux Boyomais, cette interdiction sonne comme un aveu d’échec des autorités urbaines face à l’abandon progressif d’un lieu emblématique de l’histoire congolaise. La source Stanley tire son nom de l’explorateur britannique Henry Morton Stanley qui, lors de son expédition en Afrique centrale, y aurait puisé de l’eau. Kisangani, appelée un temps « Stanleyville », garde encore les traces de cette mémoire coloniale et cette source en est un témoignage vivant, bien que désormais souillé.

Photo prise ce 3 juin 2025 à 11h50

Mais au-delà du symbole, c’est une question de survie quotidienne qui se pose. La Régideso, société chargée de la distribution d’eau potable, peine à assurer un service régulier. Face à la rareté de l’eau courante, les habitants se rabattent naturellement sur la source Stanley. « Comment interdire aux gens de puiser là où ils trouvent encore de l’eau quand nos robinets sont secs des jours durant ? » s’interroge un habitant du quartier voisin. Il poursuit : « Plutôt que d’interdire, le maire devait aménager et assainir cette source. L’eau, c’est la vie. »

L’accès même à la source est devenu un calvaire : montagnes d’ordures, sentiers boueux, et insectes en tout genre ont remplacé les allées d’antan. Un notable local, visiblement indigné, declare : « Laisser un tel site dans cet état, c’est tourner le dos à notre propre histoire, c’est aussi ignorer les besoins les plus élémentaires de la population. »

La balle est désormais dans le camp des autorités. La source Stanley peut redevenir ce qu’elle a été : un lieu d’histoire, de mémoire, mais aussi une fontaine de vie. À condition, bien sûr, qu’on cesse de la regarder comme un simple point de nuisance et qu’on s’engage réellement à la sauver. Pour Kisangani. Pour les Boyomais. Pour la mémoire.