À une époque où le Zaïre vivait sous l’autorité rigide du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), parti-État dirigé d’une main de fer par le maréchal Mobutu Sese Seko, il fallait du courage — et même une certaine témérité — pour élever la voix, surtout dans le monde syndical. Parmi les rares figures qui ont osé, un nom se détache avec une constance : Nestor Chantal TIETIE Ibinda M’Semo.
En sa qualité de représentant régional des enseignants à Kisangani, il s’est distingué par son engagement sans relâche pour la défense des droits du corps enseignant. Organisateur infatigable de mouvements de revendication — souvent sous forme de grèves — il avait acquis une réputation de leader aussi dérangeant qu’incontournable, raconte-t-il dans un échange avec dépêchesdelatshopo.com ce mercredi 6 août 2025.
« On voulait m’arrêter, se souvient-il, mais chaque fois que je me présentais volontairement, rien ne se passait. » Cette impunité apparente agaçait, embarrassait et intriguait. Les autorités, visiblement à court de solutions frontales, vont alors opter pour une stratégie plus subtile : neutraliser le militant en l’intégrant au système.
Le 15 juillet 1986, à l’aube, une jeep officielle s’arrête devant sa résidence. À son bord, le chef du service du protocole d’État, Bolekaleka. « J’étais en tenue domestique, raconte-t-il avec un sourire chargé de mémoire. Je n’étais au courant de rien. »
Sans consultation ni consentement, il apprend qu’il est nommé secrétaire régional chargé de l’administration et des finances à la Mobilisation, Propagande et Animation Politique (MOPAP), un organe clé du MPR, dans la région du Haut-Zaïre. La décision émane du président régional du parti, le citoyen-gouverneur SALUMU Amisi Mbunda Yatama Lundanga.
Le voilà brusquement propulsé dans les rouages du pouvoir, non pas comme un acteur convaincu, mais comme un homme placé — presque confisqué — par une machinerie politique qui n’avait pas l’habitude de laisser de place à la dissidence.
Sans salaire fixe mais avec des avantages, il entame alors un parcours hybride entre loyauté institutionnelle et identité syndicale. Une nomination plus politique que méritocratique, reflet d’une époque où les institutions cherchaient à coopter plutôt qu’à convaincre.
Mais cette parenthèse dans l’appareil politique zaïrois n’a jamais effacé son identité première : celle d’un enseignant. Aujourd’hui encore, près de quatre décennies plus tard, Nestor Chantal TIETIE Ibinda M’Semo poursuit sa carrière dans l’éducation, chef de travaux à l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP) de Kisangani. Fidèle à la craie et au tableau noir, là où son combat avait commencé. Il est aussi écrivain.
FROK
