Les professeurs de l’Université de Kisangani haussent le ton : un mémorandum remis au Gouverneur de la Tshopo

Redaction
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 Réunis sous la bannière de leur association (APUKIS), les professeurs de l’Alma Mater boyomaise ont déposé ce jeudi un mémorandum au cabinet du gouverneur de province, Paulin Lendongolia Lebabonga. Le document a été réceptionné par son secrétaire particulier, M. Alphonse Kakura, au nom de l’autorité provinciale.

À travers ce geste, l’Association des Professeurs de l’Université de Kisangani, dirigée par le professeur ordinaire Jean-Pierre Lifoli Balea, entend tirer une énième sonnette d’alarme sur la situation socio-professionnelle jugée préoccupante de son corps académique.

Des décennies d’injustices et de marginalisation dénoncées

Adopté en Assemblée générale le 23 août dernier, le mémo dresse un constat amer : promesses non tenues, mépris institutionnalisé et conditions de travail humiliantes. Les professeurs regrettent que leurs cris de détresse restent ignorés, tandis que les gouvernants – souvent leurs anciens étudiants – affichent un train de vie que ne reflète nullement celui de leurs formateurs.

« Les professeurs de l’Université de Kisangani, pourtant sommités intellectuelles, se voient réduits à des citoyens sans droits, contraints à marcher à pied ou à s’entasser dans les transports en commun, pendant que d’autres roulent en véhicules de luxe achetés sur fonds publics », peut-on lire dans le mémorandum.

Parmi les griefs, figurent notamment :

le gel des salaires sans prise en compte des grades académiques ;

la non-mécanisation des docteurs à thèse malgré les textes en vigueur ;

le maintien d’une injustice salariale institutionnalisée depuis près de trois décennies ;

la désactivation sans motif de cinq professeurs ordinaires depuis 2024 ;

l’arrêt de la distribution des véhicules aux enseignants, pratique perçue comme une humiliation supplémentaire.

Des revendications claires et précises

Le document, long et détaillé, rappelle que les autorités ne semblent réagir qu’aux grèves, sit-in et autres mouvements de colère, au lieu de privilégier le dialogue. Pour garantir la paix sociale et sauver l’année académique, les professeurs avancent des recommandations urgentes :

Pour les professeurs émérites : application stricte de la loi n°18/038 du 29 décembre 2018, notamment sur la rémunération majorée de 50 %, l’octroi d’une indemnité de sortie, d’un logement, d’un véhicule, et la couverture santé pour eux et leurs familles. À ce jour, aucun des dix professeurs émérites de l’UNIKIS ne bénéficie de ces droits.

Pour l’ensemble du corps professoral :

la reprise immédiate de la distribution des véhicules ;

la mécanisation de tous les professeurs et docteurs à thèse dès le 4ᵉ trimestre 2025 ;

le paiement effectif selon les grades ;

la réactivation du traitement des cinq professeurs suspendus ;

le paiement des arriérés de compléments salariaux ;

l’octroi des primes de recherche en compensation de l’interdiction de la vente des syllabus.

Une disponibilité au dialogue

Tout en dénonçant ce qu’ils qualifient de « politique de mépris et d’humiliation », les professeurs de l’Université de Kisangani disent rester ouverts à toute démarche constructive. Ils rappellent que leurs revendications s’appuient sur les accords de Bibwa I et Bibwa II, déjà signés avec le gouvernement central.

En déposant ce mémorandum au Gouverneur de la Tshopo, les professeurs espèrent qu’un signal fort sera donné pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme une injustice historique. Dans le cas contraire, préviennent-ils, la rentrée académique 2025-2026 pourrait s’annoncer sous haute tension.